

Toujours plus grand, toujours plus vite, toujours
plus loin... à force de chercher la performance, on en oublie les objectifs: le Bien-Être par exemple. L'économie est de plus en plus dé-territorialisée. Des zones d'activités sans aucun contact
avec la ville, des ports où les marchandises doivent transiter le plus vite possible (sans passer par des manutentionnaires! Horreur, une rupture de charge!), des supermarchés qui s'émancipent
complètement de la ville... tout est fait pour que le citoyen soit de moins intégré à son territoire, mais vive dans un espace uniforme et sans obstacle. Pourquoi se plaint-on du manque de
solidarité? Parce qu'il n'y a plus, ou presque, de vie de quartier! Parce que nous sommes incapables de regarder à côté de nous, trop focalisés sur "le lieu où les choses se passent" (comme si
nous n'étions pas le centre de NOTRE développement). Ce phénomène de dé-territorialisation résulte sans doute de la volonté qu'à toujours eu l'Homme de dominer la Nature. Pourquoi cet acharnement
à ne pas comprendre les rythmes de la Nature? Pourquoi cet acharnement à ne pas vouloir vivre en symbiose avec elle plutôt qu'être dans une constante lutte? La voiture nous affranchit de la
distance et du temps, le réfrigérateur et les techniques de conservation des aliments nous affranchissent des saisons... Aujourd'hui, nous voulons des fraises en janvier et des cerises en
février, de la mâche en plein mois de juillet! Je pense qu'avec ce système que nous cautionnons, nous nous coupons progressivement de ce qui fait une part de notre Humanité: le territoire! Or, la
plupart de nos problèmes résultent de cette dé-territorialisation: le chômage, par exemple, est le fruit de la déshumanisation de l'économie, son affranchissement des contraintes. Passons d'une
économie de la grande surface à une économie de proximité, d'une économie jetable à une économie de la réparation et le taux de chômage sera divisé par deux!
On ne naît pas anti-supermarché, on le devient! Moi-même, étant jeune, je participais à ce grand délire consummériste qui plane dans les supermarchés, mais aujourd'hui, je suis capable de voir qu'il pose de gros problèmes. Je suis d'autant plus engagé vis-à-vis de cette question que le supermarché, en France, est une affaire de Bretons! En 1949, Edouard Leclerc transforme son épicerie de Landerneau en supermarché et la déferlante ne cessera de s'accélérer. Si, au départ, l'idée d'acheter en gros n'est pas mauvaise, l'approvisionnement n'importe où et à n'importe quelle saison a créé de véritables lacunes chez les consommateurs qui ne savent plus quand manger des fraises et demandent des tomates pas chères en plein hiver! Aujourd'hui, le problème écologique pousse à relocaliser la production et à manger de saison (sans pour autant cesser les échanges avec l'Ailleurs). La course au gigantisme à la chute des prix a des conséquences aussi sur le territoire car il faut désormais accueillir des centaines et des centaines de mètres carrés de magasins, entrepôts, et prévoir des parkings géants pour les troupeaux de consommateurs! Résultat, ces nouvelles zones d'activités sont actives le jour (devenant même un lieu de promenade sans arbre, sans rue, sans âme) et déserte la nuit. Une fois le jour tombé, ces non-lieux se transforment en véritables coupe-gorges (au pire) balayés par les vents (au mieux) qui ne servent à rien et dans lequel le lien social est inexistant. Pendant ce temps, le commerce de proximité meurt, mais comme nos politiques trouvent plus facile de compter les emplois que créent les supermarchés que compter les emplois qu'ils détruisent, ce type de commerce a encore de l'avenir devant lui...