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Klask

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 18:14
A paraître fin avril, mon premier essai intitulé "Bretagne-France: une relation coloniale".    « L’affirmation du soi du colonisé, née d’une protestation, continue de se définir par rapport à elle. En pleine révolte, le colonisé continue à penser, sentir et vivre contre et donc par rapport au colonisateur et à la colonisation […]. » Albert Memmi    C’est à partir de cette phrase que Gael Briand, rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton, brosse le rapport dominant-dominé existant entre l’État d’un côté et la Bretagne de l’autre. Car, loin d’être terminé, ce rapport colonial pressenti en Bretagne dès les années soixante continue de s’exprimer au xxie siècle. Plutôt que de réagir et donc de rejeter la France, il invite les Bretons à proposer et donc définir un projet de société breton.     En remettant au goût du jour le rapport dominants-dominés, un peu trop rapidement abandonné, Gael Briand souhaite aussi redonner du contenu à une gauche qui, poussée par un courant libéral de plus en plus prononcé dans ses rangs, renonce petit à petit à ses valeurs. Il en profite pour revisiter certains concepts comme l’État, le colonialisme…    Editions IJIN, 56 pages, 6 €

A paraître fin avril, mon premier essai intitulé "Bretagne-France: une relation coloniale". « L’affirmation du soi du colonisé, née d’une protestation, continue de se définir par rapport à elle. En pleine révolte, le colonisé continue à penser, sentir et vivre contre et donc par rapport au colonisateur et à la colonisation […]. » Albert Memmi C’est à partir de cette phrase que Gael Briand, rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton, brosse le rapport dominant-dominé existant entre l’État d’un côté et la Bretagne de l’autre. Car, loin d’être terminé, ce rapport colonial pressenti en Bretagne dès les années soixante continue de s’exprimer au xxie siècle. Plutôt que de réagir et donc de rejeter la France, il invite les Bretons à proposer et donc définir un projet de société breton. En remettant au goût du jour le rapport dominants-dominés, un peu trop rapidement abandonné, Gael Briand souhaite aussi redonner du contenu à une gauche qui, poussée par un courant libéral de plus en plus prononcé dans ses rangs, renonce petit à petit à ses valeurs. Il en profite pour revisiter certains concepts comme l’État, le colonialisme… Editions IJIN, 56 pages, 6 €

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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 23:09
Combattants du PKK: terroristes ou résistants?

Communiqué de l'Union Démocratique Bretonne du 19 aout 2014

Kemennadenn Unvaniezh Demokratel Breizh d'an 19 a viz Eost 2014

Le PKK -Parti des travailleurs du Kurdistan-, qui lutte principalement en Turquie pour les droits du peuple kurde, est aujourd'hui un allié de poids pour tout démocrate face aux extrémistes religieux, notamment les jihadistes de l’État islamique (EI). Les forces kurdes des quatre parties du Kurdistan (Irak, Iran, Turquie et Syrie) ont formé une ligne de défense commune sur le terrain et mènent un combat commun sur plusieurs fronts contre les djihadistes. Les combattants du PKK contribuent à la résistance et à la contre-offensive qui ont permis de contenir les attaques des islamistes dans le nord de l’Irak et de protéger les populations chrétiennes et yézidis.

Le PKK reste pourtant classé comme groupe terroriste par l'Union européenne, alors qu'il a proclamé un cessez-le-feu en Turquie et que son chef historique, Adbullah Ocalan, plaide depuis sa prison pour la fin de la lutte armée, estimant que l'avenir du Kurdistan doit être décidé par des élections.

De son côté, le gouvernement AKP d'Erdogan utilise tous les prétextes pour intimider la population, étouffer et criminaliser toute opposition, principalement kurde. L’État turc, membre de l'OTAN, a fait le choix de soutenir les djihadistes de Syrie, ceux-là même qui sèment la terreur aujourd'hui dans le Nord de l’Irak. Lorsqu'une organisation dite terroriste défend mieux la laïcité et les droits de l'homme qu'un État allié militairement à la France, on est en droit de penser qu'il est temps de revoir les critères permettant de classer cette organisation comme terroriste.

Au regard du rôle joué par le PKK dans la lutte contre le terrorisme islamiste en Irak, et de la volonté clairement affirmée par ce groupe d'arriver à une sortie de crise pacifique et démocratique dans la partie du Kurdistan actuellement administrée par la Turquie, l'Union démocratique bretonne demande que le PKK soit retiré de la liste européenne des organisations terroristes. L'Union Démocratique Bretonne demande que le PPK et plus largement le peuple kurde, soient reconnus et accompagnés par les États de l'Union européenne comme un facteur de stabilisation et de démocratisation au Moyen-Orient.

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 18:09
Mon vote le 25 mai

La liste "La Bretagne pour une Europe sociale" portée par Christian Guyonvarc'h.

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 11:43

L'Alliance libre européenne vient de créer une vidéo vraiment très utile pour expliquer en très peu de mots et de manière pédagogique le sens de "l'autodétermination", ce concept qui est à la base de tout mouvement d'émancipation comme peut l'être l'UDB.

Je vous laisse juge du résultat:

Cette vidéo sera en tout cas très utile pour la liste "Bretagne pour une Europe sociale"
que nous constituons en vue des élections européennes du 25 mai 2014.

Le sous-titre en breton de notre liste Breizhiz dorn-ha-dorn gant pobloù Europa donne le ton que nous voulons donner à cette campagne à savoir qu'il est temps de relancer l'Union européenne sur de nouvelles fondations basées sur la solidarité, la coopération et l'entraide plutôt que sur la concurrence, le marché sans contrainte et la loi du plus fort.

Cette liste sera composée pour moitié par des gens qui ne sont pas adhérent à l'UDB, mais qui partage notre slogan "la Bretagne au coeur et le coeur à gauche".

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 18:00
Ecotaxe: et après...
Ecotaxe: et après...
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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 20:33
L'agroalimentaire, l'euro et Le Pen

L'agroalimentaire breton vit des jours sombres. La perspective de l'écotaxe a mis le feu aux poudres d'une profession déjà en difficulté. Dans ce vent de révolte, on entend bien des choses. Certaines m'ont sérieusement inquiété et c'est sur l'une d'entre elle que je voudrais m'étendre ici.

 

Au milieu d'un antiparlementarisme qui commence à devenir habituel (mais toujours aussi détestable), certains sont tentés - même en Bretagne - de voter Le Pen. "Marine" surfe en effet sur les drames sociaux pour expliquer que les gouvernemens, de droite comme de gauche, ne font rien.

 

Petit décryptage de la position économique du Front National: la solution se résumerait d'une part à un protectionnisme et d'autre part à une sortie de l'euro. Je ne suis pas économiste, mais quelques années d'économie que j'ai pu suivre au lycée et à l'université me sont suffisants pour battre en brèche ces deux superbes fausses bonnes idées!

 

Sur le protectionnisme, doit-on rappeler aux salariés que les filières agroalimentaires bretonnes n'existent que parce qu'elles exportent? Fermer les frontières ne se fait jamais dans un seul sens! Le protectionnisme dont parle Marine Le Pen aboutira à coup sûr à une réduction drastique de la production agroalimentaire et donc aux besoins de main d'oeuvre soyons honnêtes.

L'agroalimentaire, l'euro et Le Pen

Pire encore, la sortie de l'euro. Hier, j'entendais dire que l'Italie réfléchissait sérieusement à cette option. Pour les français, c'est la même chose: comme la mémoire est courte, on se dit que, finalement, le responsable, c'est l'euro, c'est l'Europe! Mais combien fallait-il de lyre pour acheter une baguette? Déjà qu'à l'époque, la monnaie italienne ne valait rien, sortir de l'euro, c'est assurément lancer la machine à misère! Pourquoi?

 

INFLATION. "L'inflation est la perte du pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix". Phénomène naturel de toute monnaie, cette inflation peut être plus ou moins forte. Le cours de la monnaie étant lié à la confiance, il faut, pour construire une monnaie forte, construire une image forte de son économie. Je suis assez vieux pour me souvenir que le franc était plus faible que le mark. Quand à la lire, n'en parlons pas! L'Italie sort de l'euro? Elle perdre du même coup la confiance des marchés que l'euro garantit. Pourquoi l'euro garantit la confiance des marchés? Parce que l'Europe est la première puissance économique du monde. Ne jamais oublier ça!

 

Donc, à ceux qui continuent de convertir l'euro en francs, je dis: arrêtez! On ne peut pas comparer une monnaie en cours à une monnaie morte, qui n'a plus cours! Aujourd'hui, qui sait ce que vaudrait un euro? Avant 6.5... francs, aujourd'hui peut-être 100 francs?

 

Bref, le défi de l'agroalimentaire breton n'est pas impossible à résoudre, mais il suppose PLUS D'EUROPE SOCIALE pour imposer un salaire minimal dans chaque pays de l'Union. Sans cela, c'est le dumping social assuré et la compétition de tous contre tous! La solution Le Pen, c'est une forteresse de riches assiégée en permanence, c'est une Corée du Nord à venir. Au secours!

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 18:25

alain-damasio-zone-du-dehors

 

Il y a quelques temps, je vous faisais part d'une de mes découvertes littéraires, la Horde du Contrevent, écrit par Alain Damasio. Je suis assez fidèle dans mes lectures et j'ai donc décidé d'attaquer un autre de ses romans: la Zone du Dehors. Et bien, je ne suis pas déçu et j'irai même plus loin... Damasio est un vrai grand auteur.

 

Roman d'anticipation anarchiste, la Zone du Dehors traite d'un sujet on ne peut plus contemporain à savoir la société de contrôle. Dans une démocratie "parfaite" du futur (2084), sur un satellite de Saturne, Captp et ses amis sont des "voltés" autrement dit des partisans de la Volte, un mouvement d'émancipation qui lutte contre la gestion du quotidien. Le leitmotiv du livre: "Souriez, vous êtes gérés". Si on s'extrait du lieu, l'histoire est effrayante de réalisme!

 

Ce livre est d'abord une réelle critique sociale et particulièrement une critique envers la gauche gestionnaire qui oublie ce qu'est la Politique. Laisser faire le marché, s'adapter à la compétitivité, c'est aussi un choix, mais on ne voit pas bien en quoi il est politique! Dans le roman, les citoyens sont invités à noter leurs voisins, mais aussi les ministres qui, selon les résultats, montent ou descendent dans un classement d'environ 7 millions de cerclonniens. Un système qui paraît juste puisque tout le monde juge tout le monde. Une vraie belle société verticale qui s'oppose au mouvement horizontal des Voltés débordant d'imagination pour renverser Big Brother.

 

D'un côté les citoyens, sorte de mort vivants satisfaits de leur existence, de l'autre des créatifs qui souhaitent être libres et vivre la vie en prenant des risques. Un thème classique de la philosophie entre Raison et Passion, mais excellement bien traité par Alain Damasio.

 

Pour essayer de donner envie, j'ai choisi deux extraits:

 

Le premier est une conversation entre A, le Président, et Capt, le héros:

 

- Le cube? Savez-vous pourquoi il est le seul bâtiment non transparent de Cerclon? Pour qu'on ne voie pas qu'il est vide. Les politiciens n'ont plus qu'un rôle véritablement sérieux à tenir aujourd'hui: masquer qu'ils sont inutiles, que la politique est morte parce qu'elle n'est plus le lieu du pouvoir. Et ne croyez pas que ce soit un rôle facile à tenir. C'est un vrai métier, éprouvant, exigeant, que de paraître maîtriser des processus qui nous échappent presque complètement. D'aucuns s'attristent de voir les fonctions politiques accaparés par les comédiens. Nous devrions au contraire nous en réjouir: c'est une chance de pérennité pour le métier, une clause de survie. Non, le cube nous cache, monsieur Capt, les vrais pouvoirs sont ailleurs.

- Où donc?

- Pourquoi vouliez-vous détruire la tour de télévision?

- Répondez à ma question.

- Pourquoi vouliez-vous détruire cette tour?

- Le drapeau noir. [...]

 

Le second est une sorte d'interrogatoire public du héros:

 

- Monsieur Captp, nous vous voyons sourire aux revendications de vos frères radieux? Vous ne vous sentez pas solidaire de leurs requêtes?

- N'appelez pas "frères" des gens qui sont pour moi des chiens!

- Ce sont pourtant, comme vous, des révoltés...

- Des révoltés comme vous dites. Pas des Voltés! Je vais vous raconter l'histoire de ces gens. Je la connais bien parce que ça fait trente et un ans que je me bats pour ne pas la confondre avec la mienne.

 

Ils passent leur vie dans un chenil de plein air dont on ne sait plus très bien qui le subventionne ni qui le dirige, mais dont on voit assez bien qui en tire profit. Des hommes à fonction, des fonctionnaires si vous voulez, viennent leur apporter chaque jour deux kilos de pâtée. Parfois, ils ne viennent pas. Soit qu'il manque de pâtée en ce moment (c'est ponctuel, c'est l'usine qui "dysfonctionne", puis ça devient du ponctuel qui dure, puis cent ans plus tard on se rend compte que c'était du structurel fait exprès - passons...), soit qu'ils mangent eux-mêmes la pâtée qu'il manque.

 

Il est très possible que 200 grammes suffisent par jour ; il est très probable qu'un chien sauvage n'ait pas besoin de niche. Mais les chiens ont pris l'habitude du toit et des deux kilos. Alors, ils exigent deux kilos. Ils aboient que c'est leur droit. Personne ne dira le contraire... Mais ils auraient vécu avec un kilo, ils diraient qu'un kilo, c'est le droit. Ils jappent que c'est inscrit dans la déclaration des Droits du Chien, qu'ils n'ont naturellement ni écrite, ni forgée. Les fonctionnaires ergotent, mégotent, négocient: allez! Un kilo quatre! Les chiens ne sont pas du tout contents, mais il y en a toujours suffisamment qui admettent qu'un kilo quatre, c'est toujours mieux qu'un kilo. On passe le balai dans les niches. C'est fait. [...]

 

 

Black_flag.pngLoin d'être pour la destruction de la société, le livre de Damasio aborde également des questionnements sur l'après chute du système, sans concession d'ailleurs tant il est clair que l'anarchisme est un idéal impossible à atteindre (ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas tenter de la faire). On sent que l'auteur est allé plus loin que de vagues slogans et certaines cités "idéales" en prennent pour leur grade! De même, l'auteur est conscient qu'une société anar, si on ne réfléchit pas à un système de solidarité, laisse de côté les plus fragiles.

 

Alain Damasio prouve une nouvelle fois (car c'était le cas dans la Horde du Contrevent) qu'il est un bâtisseur de mondes (de l'imaginaire) et c'est ce qu'on demande à un auteur de SF... nous transporter!

 

Ce livre m'a fait réfléchir, m'a fait rêver, m'a donné aussi de nombreuses idées. Vous trouverez cela sans doute paradoxal de ma part, moi qui milite dans un parti politique, un parti politique qui, de surcroît, essaye tant bien que mal de construire, de composer (et donc d'une certaine façon qui se renie). Et pourtant, rien de tel que les lectures anar pour alimenter sa réflexion. Selon moi en effet, l'autonomie est le premier pas vers l'autogestion. Et tout le paradoxe consiste à dire que pour que l'individu soit libre, il faut que les individualités soient solidaires et fassent un travail collectif!

 

Redonner sa place au Politique, c'est redonner du sens à la fonction de "politique". Cela suppose bien sûr que le pouvoir soit partagé, que chacun l'exerce à tour de rôle ou simultanément, que l'on assume de faire des choix, que l'on ne fasse pas croire au peuple qu'il prend des décisions sous prétexte qu'il participe à des grands messes où tout est prévu d'avance. "Faisons-leur croire que ça vient d'eux". Avis aux militants PS, j'ai pensé à vous en lisant ce livre...

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 17:00

Parlement-europeen.jpg

 

Dans un récent article de blog, notre caricature de révolutionnaire préféré, Jean-Luc Mélenchon, se plaint d'être victime d'un complot "d'ethnicistes" composés évidemment de gens d'extrême-droite, mais aussi de "progressistes" (nous?) et de "quelques amis trop rapides dans leurs analyses". La raison: Monsieur Mélenchon a voté contre un rapport présenté par notre député européen de Régions et Peuples solidaires, François Alfonsi, traitant des langues en danger. Un rapport qui a recueilli un accueil très favorable... sauf chez les français. Pour mener un duel honnête, je reproduis ci-dessous l'explication de vote de M. Mélenchon:

 

"Ce rapport préconise la ratification de la charte européenne des langues régionales et minoritaires du conseil de l’Europe. D’inspiration clairement ethniciste, cette Charte a été reconnue contraire aux principes fondamentaux de la République Française et particulièrement à la laïcité par le Conseil constitution nel. Elle prévoit en effet de donner aux groupes parlant telle ou telle langue régionale des droits particuliers dans l’espace public, en particulier dans le fonctionnement des services publics ou de la justice. Cela rompt l’égalité des citoyens et compromet le libre exercice de la citoyenneté. Si ce système peut en effet convenir aux minorités nationales en Europe, il constitue un détournement de l’attachement aux langues et patois régionaux dans une République une et indivisible comme la France. Une telle référence est inacceptable : revendiquer des droits particuliers à une catégorie de la population au nom des différences, est une atteinte à l’égalité républicaine. C’est pourquoi je vote contre."

 

Bref, nous n'avons pas manqué de lui tomber sur le râble! Aucune "manipulation" de notre part, simplement un désaccord de fond. A partir de cette explication de vote, mais aussi de sa réaction à nos critiques (lire son blog donc), voici un petit décryptage du jeu politique entre nos deux "courants" de pensée (à ce sujet). "Jamais aucun d e mes détracteurs ne s’est donné le mal de répondre sur le fond de mes arguments" dit Jean-Luc Mélenchon. Outre le fait qu'il ne s'est jamais donné le mal de lire nos réponses, je relève donc le défi.

 

deux-langues.jpgDans un incroyable jeu d'équilibriste, M. Mélenchon essaye de faire comprendre à ses lecteurs qu'il n'est pas contre les langues régionales (que nenni!), mais contre "la Charte européenne des langues minoritaires". Commençons soft notre argumentation en démontant la première remarque: il ne peut pas être contre le bilinguisme puisqu'il l'est lui-même. Dans un autre registre, ça donne: je ne suis pas raciste, j'ai moi-même un ami noir! Manuel Valls aussi est bilingue, ça ne l'empêche pas d'être contre un statut officiel pour sa propre langue maternelle en France. CQFD, argument non recevable. On connait ici en Bretagne de nombreux brittophones qui travaillent à enterrer la langue bretonne.

 

Deuxième point. Si M. Mélenchon avait bien lu cette fameuse "Charte" (elle est lisible sans aucune difficulté sur le site du Conseil de l'Europe pour ceux que ça intéresse), il saurait (mais je pense qu'il le sait parfaitement) justement que "ratifier la Charte" ne remettrait aucunement en cause "l'unité de la France" puisque justement, la France a pris grand soin de ne pas signer les articles qui donnent des droits collectifs à ces langues! (Lire à ce sujet le Peuple breton de septembre 2013). Or, l'Etat ne peut ratifier que ce qu'il a signé! Que M. Mélenchon soit contre le reste de la Charte et donc en accord avec l'argumentation de la France, admettons. En l'occurence, il répond à côté de la plaque puisque la France ne peut pas ratifier des articles sur lesquels elle ne s'est pas engagée. Logique. Comme on ne signe pas "la Charte" dans son ensemble, mais par morceaux ch oisis, l'argumentation de M. Mélenchon tombe encore à plat. En gros: la France prend une double précaution en ne signant que les articles qui empêchent les langues régionales de renaître vraiment et en ne ratifiant même pas ce minimum. Belle performance!

 

Jean-Luc Mélenchon dit "Le problème que me posent ces articles n’a rien à voir avec la diffusion des langues régionales. Il concerne la nature républicaine des institutions que cette charte entend abroger. En effet, son contenu comme ses origines contredisent plusieurs principes républicains, à commencer par le plus essentiel : le principe d’égalité des citoyens devant la loi et les services publics". Là, on touche le fond du sujet. Et là, nous avons un réel désaccord qui est politique.

 

Grand-Paris-copie-1.jpgM. Mélenchon estime peut-être que la situation actuelle de la République satisfait l'exigence d'égalité des citoyens devant la loi et les services publics. Donc, on admettra aisément qu'une personne âgé dans la Kreiz-Breizh se plaigne de voir disparaître des bureaux de Poste et que la France entière paye le RER parisien! On admettra aussi qu'il n'y a absolument aucun statut particulier dans le rôle à venir très rapidement de Lyon, ni du Grand Paris. Egalité devant la loi et les services publics quand 80% des budgets de la Culture vont à Paris et que l'avenir de France 3 est menacé (c'est très sérieux) car on refuse de faire des décrochages régionaux... on préfère donc sacrifier France 3, la chaîne des régions au bénéfice d'une chaîne nationale, France 2. Tout le monde pareil.  

 

Mais admettons que la péréquation soit une réalité en France (ce que n'importe quel pékin qui a étudié un peu la répartition des budgets infirmeraient). Admettons donc. En quoi donner une existence légale à des langues minoritaires remettraient en cause un principe républicain? La République fédérale allemande, par exemple, donne des droits à ses langues. La République Italienne aussi (même si elle n'a pas ratifié la Charte, nous le verrons plus tard). Et même des monarchies tiens! Pourquoi donc M. Mélenchon pense ceci? Parce qu'il est nationaliste.

 

Pour lui, ce n'est pas la "République", mais la "République française" (exception culturelle mon neveu!). Et il nous qualifie d'ethnicistes! Et la poutre dans votre oeil, c'est un ethnicisme? Fini les complots de sécessionnistes, fini le mythe d'anti-républicains grimés en doux agneaux... Vouloir un statut pour les langues minoritaires n'est pas être anti-France, ni anti-français.

 

Donner un statut, ça veut dire quoi concrètement. ça veut dire mener ou laisser mener une politique de développement des langues (pas un vulgaire article disant que les langues de France sont un "patrimoine"). Le breton n'a pas sa place au Musée Grévin! Or, développer n'est pas protéger. Protéger, c'est muséifier. Développer, ça veut dire que la langue est vivante 


Voilà où le bat blesse. La République française et d'ailleurs la "nation" France (le mot est jeté) s'est construite autour du français. Autour de son centre. "Une et indivisible". Si d'autres langues vivantes existent en France, cela veut dire qu'on peut diviser la France en morceaux correspondant à des cultures différentes et ça, c'est inacceptable pour M. Mélenchon. Tant que ça reste folklorique, pas de problème! Mais ester en justice? Houlà... Parler breton avec un employé de la Poste? Jésus Marie Joseph!

 

burqa-bretonne.jpg

 

Et pour les gens comme Mélenchon, tout ça est une affaire de "laïcité"! On se demande bien ce que vient foutre la laïcité là-dedans (autrement dit le rapport entre la reconnaissance de langues minoritaires et le principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat)? Mais si en fait! Puisque, comme pour la religion, M. Mélenchon souhaiterait que le breton soit du domaine privé. Le breton d'accord, mais à la maison! Le breton serait donc une sorte de catholicisme! Hey, faut se réveiller un peu! Je suis parfaitement laïc, mais une langue que l'on parle uniquement chez soi, est-ce une vraie langue? Komz a ran brezhoneg e pep lec'h.

 

Mais donc, c'est moi et mes compagnons qui auraient une vision "ethniciste de la diversité culturelle"? Etant contre le jacobinisme, je suis forcément un "réactionnaire" (qui n'est pas gentil est méchant, c'est bien connu!)? 

 

Jean-Luc Mélenchon dit: "la République protège les langues régionales". FAUX. Prétendre que la loi Deixonne est "un cadre législatif très favorable aux langues régionales", c'est de l'enfumage! Aujourd'hui, dans la Constitution, la seule langue officielle est le français. Ce faisant, Diwan (ou tout autre pédagogie immersive) ne peut pas être intégré au service public, les ouvertures de classes se font au forcing des parents d'élèves alors que toutes les conditions sont garanties (exemple de l'école de Plouézec cette année). La signalisation routière? Elle se fait également sous la pression: Stourm ar brezhoneg il y a plus de dix ans puis aujourd'hui Ai'ta! Rien n'est acquis en France. Il faut se battre constamment pour avoir des droits élémentaires sous prétexte que certains trouvent ça bizarres!

 

"Jamais leurs initiatives n’ont été brimées ou abrogées par l’Etat" dit M. Mélenchon. Pas besoin quand les compétences restent centralisées! Il suffit de ne pas donner de budget! Qui décide des ouvertures de classes? Le président du Conseil régional ou le Rectorat? Pourquoi Diwan ne se développe pas plus vite? Qui forme les enseignants? Qui donne les CAPES?

"Tout doit être proposé, et non imposé, avec la plus large palette de choix possibles". Alléluia! Nous sommes d'accord sur une chose! Dans ce cas, pourquoi ne propose-t-on du breton dans tous les établissements scolaires de Bretagne? L'anglais d'accord, mais que dire du chinois qui ouvre des classes avec 7 élèves et dispose d'aménagements d'horaires qui feraient rêver les professeurs de breton? Si on propose, il faut accepter que certains fassent des choix qui ne plaisent pas. Mais n'en déplaisent à  M. Mélenchon, tous les brittophones sont francophones et le lycée Diwan a ENCORE été classé cette année parmi les meilleurs résultats au baccalauréat. En l'occurence, botter en touche en parlant de l'anglais est minable puisque jusqu'à preuve du contraire, c'est bien l'Etat français qui fait barrage au développement des langues minoritaires... Au Royaume Uni (monarchie donc), l'anglais n'est pas seule langue officielle et cela ne remet aucunement en cause sa domination!

Je cite toujours le leader de la révolution en carton: "Un argument souvent asséné est que la France serait l’un des «rares» pays européens à ne pas avoir ratifié la Charte. Pourquoi ce mensonge ? Cette Charte est très loin de faire l’unanimité dans notre continent. Quatorze pays membres du Conseil de l’Europe ne l’ont pas signée, dont la Belgique, le Portugal, la Grèce ou l’Irlande, qui ne sont pas des États réputés liberticides". C'est exact (voir carte), mais ce qu'oublie de nous dire M. Mélenchon, c'est que le flamand, l'allemand et le français sont des langues officielles en Belgique, que le gaélique est une langue reconnue (et officielle) en Irlande. Je passe sur la Grèce qui ne serait pas liberticide... je la ressortirai celle-là quand il parlera des révoltes du peuple grec face à l'austérité! Bref, d'autres que nous sont à blâmer, mais nous ne sommes pas chez ces "autres" et ce n'est pas parce qu'on trouve plus con que nous qu'il faut continuer de l'être. Qui plus est, la reconnaissance dont dispose les langues dans ces pays est bien plus forte qu'en France!


Concernant les langues de migrants, comment pourraient-elles êtres officielles puisqu'ils sont migrants? (< on parie qu'il utilisera cette phrase sans citer la suite?). Je ne demande pas que le breton soit officiel au Canada sous prétexte qu'il y a eu des bretons (par milliers) exilés là-bas. Par contre, oui, je suis favorable à ce que ces personnes puissent s'exprimer dans leur langue, y compris dans les administrations si elles le peuvent (encore faut-il trouver des gens compétents pour parler ces langues). Et vous M. Mélenchon? Vous y êtes favorables? Ne nous opposez pas aux migrants, M. Mélenchon. Nous suivons et sommes associés (je parle de Régions et Peuples solidaires) au congrès mondial Amazigh dont les membres présents en France soutiennent nos revendications. Si la langue française est officielle dans "13 pays dans le monde", c'est d'abord parce que la France était un Etat colonial. Bravo la comparaison!

 

Nationaliste vous êtes M. Mélenchon! Comme l'Etat chinois peut l'être vis-à-vis du Tibet (et je ne vous parler pas des moines), comme certains arabes vis-à-vis de la Kabylie, comme l'Etat Turc vis-à-vis du Kurdistan... Moi, je ne défends pas ceux qui prétendent étendre leur domination par la force (militaire ou politique). 

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"Ainsi, quand on parle de « la » langue bretonne. Il en existait en fait cinq, dont une avec une racine latine, comme celle parlée à Rennes. Depuis l’édition du dictionnaire dit «unifié» de 1942, une seule langue est institutionnalisée. Parfois au prix du ridicule." Françoise, on sait que tu es là! Sors du corps de Jean-Luc! 5 langues bretonnes donc? Petite leçon M. Mélenchon. Déjà, les racines latines, c'est le gallo (justement en Haute-Bretagne et qui ne dispose d'aucune reconnaissance officielle lui non plus), pas le breton. Ensuite, il y a, dans chaque langue, des variantes ou dialectes. Ces dialectes existent également pour la langue d'oïl dont est issue le français. La langue bretonne possède 4 dialectes (léonard, cornouaillais, trégorois et vannetais, un cinquième qui était en Loire-Atlantique a disparu). Et croyez-vous que ces quatre dialectes en fassent 4 langues distinctes? Si oui, alors, je suis polyglotte! Aujourd'hui, il y a quelques centaines de mots ou expressions qui changent, pas de quoi fouetter un chat. Le breton unifié n'est pas plus scandaleux que l'unification de la réforme de l'allemand par Luther ou du français (à moins que vous ne parliez l'ancien français?). Les langues vivent, évoluent.

"Même arrangement quand on va prétendre imposer à tous la création d’un mot par tel ou tel original en vue de désigner des lieux comme « parking » ou quelques-uns des milliers de mots manquant dans le vocabulaire scientifique et technique !" Ah oui, tiens, comment dit-on parking en français? L'anglais est truffé de mots français, le français est bien plus pauvre que le québécois et vous venez nous faire la leçon. Et bien oui, M. Mélenchon, le breton a emprunté quelques mots au français. Rien de choquant. Toutes les langues le font. Et puis, nous sommes ouverts, pas recroquevillés sur notre langue! A bon entendeur, ce que Mélenchon reproche à Roparz Hémon ou aux "néologistes" actuels, le reproche-t-il à l'Académie française?

 

"Je voudrais enfin souligner qu’il ne saurait être question d’ignorer l’origine de cette charte. Dans le contexte du néo libéralisme triomphant, la différence des droits est un élément essentiel de la guerre de chacun contre tous. Donner des droits et des exclusivités à certains du fait de leur pratique d’une langue est un habile moyen d’instaurer ce droit à géométrie variable et cet empire des lois « locales » dont rêvent les libéraux". En attendant, ceux qui fabriquent les baronnies, ce sont les jacobins qui s'appuient sur les villes (métropolisation) pour éviter de repenser le système institutionnel, républicain, sous forme fédérale. Pour éviter de donner aux régions, on donne aux villes. Si ça, ce n'est pas du libéralisme! Moi, je pense que la loi française ne permet pas de résoudre tous les problèmes car elle est trop éloignée des territoires. Je prétends donc effectivement qu'il peut y avoir, localement (régionalement donc) et sur des compétences précises, des adaptations du droit de façon à être efficace (mais, lisez donc le Peuple breton de septembre, aucun autonomiste n'a parlé d'adapter le code du travail).


En France, quand on a fait la loi, le problème est résolu! Je décrète la disparition du chômage! ça y est, réglé!

 

 

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"Il n’y a pas de peuple minoritaire en France". De but en blanc. Cash! Monsieur Mélenchon a dit. Donc, c'est vrai! Et moi, j'affirme que j'appartiens au peuple breton, que je vis en France sans aucun soucis, mais que j'appartiens au peuple breton, je me reconnais breton, sans haine, ni rejet de l'autre. "Car le peuple, en République, n’est décrit que par un seul critère : la citoyenneté et l’unité de la communauté légale qui en résulte" continue-t-il. Est-ce bien le mec qui préside un parti dont le slogan principal est "le pouvoir du peuple" qui dit ça? Dans ce domaine en tout cas, vous prouvez une nouvelle fois que le peuple est là pour l'Etat / la République et non l'inverse.

 

Je passe sur la FUEV qui serait issu de mouvement d'extrême-droite, sur Roparz Hemon qui serait un collabo (coucou, j'ai 29 ans et je me demande le rapport entre le fait que je parle breton aujourd'hui et la collaboration). ça ne vaut pas tripette! C'est un peu comme si je reprochais à M. Mélenchon d'être français car Napoléon a tué des millions de gens et qu'être républicain est débile parce que la Première République a abouti à un bain de sang!

 

Je déduis donc de ce grand numéro d'équilibriste que contre la mondialisation impérialiste, choisissons donc l'universalisme français impérialiste! Pour Le Pen, ça donne: contre la mondialisation impérialiste, choisissons le recroquevillement chauvin. Mon pauvre Jean-Luc, ta révolution, c'est une vraie farce. Je préfère mille f ois les anarchistes et leur idéal d'auto-gestion que ton nationalisme dégoulinant.

 

LA seule question qui vaille est: qui du peuple ou de l'Etat sert l'autre? Pour être plus clair: qui a décidé que les institutions seraient centralisées? Qui décide que les langues minoritaires n'ont aucune reconnaissance légale autre que "patrimoniale"? Est-ce réellement le peuple? Je ne crois pas non. En prétendant le contraire, le leader du Parti de gauche prouve une fois de plus qu'il est un pur produit du système à l'instar des Le Pen et autre Gollnish et Hortefeux avec lesquels il a voté contre ce rapport des langues en danger pourtant très intéressant.

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Fédéraliser la République, c'est la rendre plus démocratique en rapprochant le pouvoir du peuple.
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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 17:25

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Offert par ma meilleure amie (lire aussi Les frères Sister de Patrick DeWitt), Karoo a trôné quelques mois dans ma bibliothèque avant que je me décide à l'entamer... et il m'a fallu quelques mois pour le lire! Dit ainsi, vous pourriez penser qu'il ne m'a pas plu. Ce serait une mauvaise analyse. En réalité, Karoo est un vrai bijou. Dans la forme pour commencer car l'édition (Monsieur Toussaint Louverture) est magnifique et extrêmement agréable à lire. Un bel objet en somme. Mais aussi dans le fond tant le style de Steve Tesich est puissant. Les phrases sont simples, tout est bien expliqué, mais on sent une maîtrise totale de l'écriture, particulièrement dans la dernière partie. Tout se déroule selon un plan minutieusement pensé. 

 

Alors pourquoi avoir mis autant de temps (disons 2 mois) à le lire? Sans doute parce que Karoo est un livre qui interroge sur la Vérité. Or, la Vérité est un idéal qui m'a toujours tenu à coeur. Comment vous expliquez... ce livre a touché en moi un truc et m'a profondément gêné. Il faut dire que le sous-titre de l'oeuvre (tenez-vous bien) est le suivant: "la vérité, me semble-t-il, une fois encore, a perdu le pouvoir, du moins le pouvoir qu'elle avait, de décrire la condition humaine. Maintenant, ce sont les mensonges que nous racontons qui, seuls, peuvent révéler qui nous sommes". Lecture faite, je sais pertinemment que ma gêne était recherchée par l'auteur. Mission réussie.

 

Le personnage principal, Saul Karoo, est un "script doctor", autrement dit un scénariste pour le cinéma. Il taille dans les films, remodèle pour transformer des oeuvres d'art en standards cinématographiques. Et dans ce métier, Saul est considéré comme un "génie". Terriblement cynique, Saul est l'image archétypale de l'anti-héros. Gros, fumeur invétéré, menteur (surtout à lui-même), alcoolique mais affublé d'une maladie étrange qui le rend incapable d'être saoûl pour de vrai (ce qui ne l'empêche pas de jouer un rôle, le rôle qu'il croit que la société veut de lui). Karoo est aussi le père d'un fils adoptif, Billy, qu'il aime, mais à qui il est incapable d'avouer le moindre sentiment. Jusqu'à ce qu'il rencontre, par hasard en visionnant un film sur lequel il doit travailler, la véritable mère de Billy. Dans sa tête s'enclenche alors un véritable scénario dont le but final semble-t-être la rédemption: faire se retrouver le fils et la mère biologique. 

 

Saul Karoo est le narrateur de sa propre histoire durant les deux tiers du livre ce qui rend encore plus crue le déroulé car on sait pertinemment que ce héros est conscient de ce qu'il fait. Volontairement, je ne raconte pas l'histoire même d'autres sites ne se privent pas.

 

Tout ce que j'ai envie de vous dire, c'est que Karoo est l'histoire d'une chute. La chute d'un être. Humain, va savoir? Saul pourrait représenter l'Homme moderne, l'Homme capitaliste, celui qui a non pas oublié, mais perdu les valeurs qui font des êtres humains des êtres humains. Il analyse tout, froidement, même ses sentiments ce qui fait douter de la sincérité de ces derniers. Durant les premières parties, on ne sait vraiment pas si on doit plaindre le personnage, le haïr ou se moquer de lui. L'humour est noir, reflétant une aversion complète pour la société (d'autant plus que Karoo est riche).

 

Car tout, dans la société de Karoo, est faux. Ses relations de travail, ses relations avec ses proches, ses relations avec son médecin. Saul est en perpétuelle fuite de l'intimité, il n'a qu'une peur: "que quelque chose de réel se produise". Au fond, il se déshumanise de pages en pages... un peu comme le fait le capitalisme envers nous, si nous n'y prenons pas garde! Jusqu'à la dernière partie, qui, bien qu'hallucinée, m'a paru beaucoup plus claire, beaucoup plus limpide. En perdant la raison, il finit par la retrouver et dans son délire mystique, il livre enfin qui il a été. Sauf que le "je" a disparu!

 

Quand un roman me plait, je fais aussi quelques recherches sur l'auteur: Steve Tesich, de son vrai nom Stojan Tesic est né en 1942 dans ce qui est aujourd’hui la Serbie. Emigré aux Etats-Unis, à Chicago, il ne parle pas un mot d'anglais ce qui ne l'empêche pas de briller tant en sport (cyclisme) que dans les études. Il abandonne son doctorat pour devenir dramaturge. Bref, l'incarnation de la réussite, de la pertinence du "modèle américain". Avant d'être déçu... Karoo sera publié de façon posthume, en 1998, soit deux ans après la mort de son auteur.

 

Vous l'aurez compris, ce n'est pas tant l'histoire qui m'a scotché, mais bien la maîtrise absolue de la plume de l'auteur. ça, ça m'impressionne! Car à part Tristan Egolf, j'ai lu peu d'auteurs contemporains avec un tel don. Et en parlant de don, je tire mon chapeau à la traductrice, Anne Wicke. Je ne suis pas en mesure de comparer avec la version américaine, mais le souffle reste. Si vous recherchez l'originalité, n'hésitez pas, vous ne lirez pas deux romans comme celui-là.

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 11:25

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Alors qu'il est de bon ton de parler de collaboration bretonne durant la deuxième guerre mondiale et de ne retenir que cela, alors que le FN n'en finit plus d'être interrogé par les médias, relisons ensemble un court extrait de l'ouvrage de Goulven Mazéas, militant breton auteur de l'ouvrage social-démocratie (pages 38-39-40). Pour info, nous sommes en 1934.

 

Racisme

 

Notre siècle [le XXème], triomphe des nationalismes, aura eu mieux encore: le Racisme excès poussé à son extrême excès.

 

Comme s'il convenait de soulever un problème aussi subtil que celui des races, dont personne n'est seulement capable de poser l'équation.

 

Si les Etats actuels sont un composé de peuples divers, quels mélanges amalgamés dans le recul des siècles! On ne peut décemment ignorer que les races n'ont cessé de s'entremêler depuis le commencement du monde.

 

Pour qu'un peuple soit, c'est à dire pour qu'un groupe d'hommes entre dans la catégorie des peuples, il suffit qu'il remplisse telles conditions d'existence témoignant d'une ethnie positive: langues propres, expression de moeurs, passé historique de nations, qu'il constitue un groupe familial par "cousinage" et soit, par ce fait, un fragment ethnique de l'Humanité. Ces conditions, totales ou même partielles, lui confèrent les caractères de la vraie nation, de la vraie nationalité qui, seule, détermine la qualité de patrie.

 

Mais un peuple ne signifie pas une race. Dans chaque pays, les types les plus divers se côtoient et se rencontrent jusqu'au sein des familles: blonds, roux, bruns, chatains, trapus, membrus, toutes les tailles, tous les profils, toutes les teintes d'yeux, fraternisent en fait, parlent les mêmes langages, vivent uniformément. Où chercher, dans le genre humain, les définitions des races quand les peuples ont été soumis à tant de mélanges depuis les âges primitifs, au hasard des invasions, des incursions, des conquêtes.

 

Nos livres d'histoire nous ont appris, tout comme aux petits Zoulous, que nos aïeux s'appelaient les Gaulois, qu'ils avaient les yeux bleus et les cheveux blonds. A quelle portion congrue sera réduite la population française si, par souci de racisme, au prochain recensement, il y a lieu de mettre à mort, afin d'épurer la race, les roux, les bruns et les chatains?

 

Il y a une égale diversité de races entre le blond et le brun, le roux et le chatain, qu'il y a entre le fox et le lévrier, le caniche et le St Bernard. Aussi saugraunue qu'est cette comparaison, ne souligne-t-elle pas combien est dérisoire la question que l'on nomme racisme?

 

 

Malgré quelques termes désuets (dont le terme "race" lui-même) et une rhétorique de l'époque (mais on est dans les années 30 donc pas d'anachronisme), cela me paraît toujours d'actualité! Cet extrait est d'autant plus fort qu'on était entre deux-guerres, époque durant laquelle les nationalismes français et allemand étaient poussés à leur paroxysme. Martelons encore et toujours que le racisme n'a aucun sens, que la différence n'est pas un handicap, mais une richesse. 

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