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Klask


Mercredi 7 mai 2008:

"Demat d'an holl. Me zo Gael Briand, emsaver deus Unvaniezh Demokratel Breizh. Emañ o chom en Oriant. Setu an tamm deus ar brezhoneg evit reï deoc'h da silaou ur yezh".

J'étais invité tout à l'heure à l'émission "Ça vous regarde" qui consacrait le sujet du jour aux langues régionales. Le titre était déjà révélateur du malaise: "Pourquoi faut-il conserver les langues régionales?". Une vision muséifiante assez étrange pour une émission qui voudrait faire débat! La France, en effet, ne craint pas le folklore, mais la Culture, vivante! Le breton dans du formol conviendrait tout à fait à nos jacobins adorés!

Je ne commenterai pas les débats de l'Assemblée Nationale que vous retrouverez un peu partout sur les blogs bretons. Pour ma part, j'ai constaté que l'hémicycle était vide et que les belles paroles des quelques députés intéressés ne suffiront pas à convaincre le gouvernement de modifier la constitution. Merci tout de même à François de Rugy (les Verts) qui a rappelé qu'il était un député breton! Mme Françoise Olivier Coupeau, député de ma circonscription et présidente du groupe de travail sur les langues régionales, s'est excusée pour son groupe qui rentrait pour les cérémonies du 8 mai. Les morts, en France, sont plus importants que les vivants semble-t-il!

Bref, voici quelques unes de mes impressions:

Avant toute chose, je tiens à dire que nos "élites" ont de graves problèmes de vocabulaire que toute la rhétorique du monde ne saurait changer. Confondre Etat et Nation, terrorisme avec indépendantisme ou nationalisme, public et laïc... c'est digne d'un élève de collège ayant mal appris sa leçon! J'ai tenté lors de ma deuxième intervention de faire valoir ma vision du nationalisme, ouvert, multi-scalaire (multi-appartenance) en rappelant que le repli sur soi n'était pas un principe de l'UDB, que nous étions membres de R&PS et de l'ALE et qu'à ce titre, je ne vois pas pourquoi nous serions considérés comme "fermés".

En méprisant les langues régionales, l'Etat fabrique lui-même le rejet de la France. Le mot "mépris" vous semblera peut-être fort, mais la façon dont les députés sur le plateau en parlait était révélatrice. Sous leurs airs de grands défenseurs des langues régionales, voici ce que j'ai entendu:

Les langues régionales méritent d'être reconnues, mais pas au même titre que le français (on peut donc dire adieu à une ratification de la Charte européenne des langues régionales). Nous voulons bien voter une loi, mais en aucun cas remettre en cause l'unité de la République.

Mais, messieurs les députés communiste et UMP, le français est notre langue commune, mais il ne doit pas être une langue unique. C'est la grande différence entre totalitarisme linguistique et démocratie! (merci Christian Guyonvarc'h pour cette citation).

Ce que je crains, c'est qu'une simple loi ne tue dans l'oeuf le développement des langues minoritaires. Les écoles par immersion comme Diwan sont reconnues comme efficaces (pas seulement par Gilbert Dalgalian que j'ai eu la chance d'écouter il y a peu), mais l'Etat ne veut pas les officialiser. M. Jean Grenet (UMP) pense que l'école doit rester laïque (je ne vois pas bien le rapport puisque Diwan n'a pas de confession). Comprenez plutôt que l'Etat français ne payera pas pour développer un bilinguisme précoce public. Cela restera de la sphère de l'associatif (sans moyens).

C'est d'autant plus dramatique que l'Education Nationale baisse le niveau d'exigence en breton! Comment faire vivre une langue avec des bretonnants comme moi, qui ne comprennent pas tout et qui parle à peine? Je ne parlerai pas non plus des difficultés d'ouverture de classe (voir Merville à Lorient).

J'ai donc demandé à M. Le Fur (absent au final) s'il soutiendrait la demande de l'UDB et du président de la région Bretagne, Jean-Yves Le Drian, d'un transfert de compétence de l'enseignement bilingue de l'Etat à la Région au titre du droit à l'expérimentation. Là encore, réponse de M. Brard (PC): l'Education Nationale doit rester unique. Et de rappeler le sempiternel couplet sur les déséquilibres que cela pourrait créer! Le mot "péréquation" ne fait pas partie de son vocabulaire sans doute...

Voilà ce que j'appelle le jacobinisme. Le jacobin est un homme qui estime que la centralisation est le meilleur moyen de garantir des droits équitables. Comme d'habitude, la théorie est parfaite, mais la réalité est tout autre et l'idéal d'égalité française est bien loin aujourd'hui. Pour information, quelle est la répartition territoriale du budget de la Culture?

Au final, j'ai eu honte des députés présents. Les "civils" (Messieurs Delobel et Picollec) ont fait preuve d'une ouverture qu'il serait bon de transmettre à l'Assemblée Nationale, porteuse d'un nationalisme français replié sur lui-même!

Bref, tant que nos chers députés parisiens n'auront pas compris que nous ne sommes pas la "Province" (pro vincere: pays conquis), mais des régions/nations fortes de leur identité, nous n'irons pas loin. Les bretons sont assis sur un trésor sans le savoir.

A quoi bon se revendiquer breton si la langue bretonne (et avec elle une vision du monde) disparaît?

Hep brezhoneg, Breizh ebet!

par Chacalito recommander
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Qui a dit que nos élus ne faisaient rien? L'UDB, profitant du débat d'aujourd'hui sur la place des langues régionales, a soufflé l'idée à notre président de région d'une petite lettre au Premier Ministre dont voici le contenu:

"De débats en amendements, la question des langues régionales est récurrente, mais sa situation est malheureusement chaque jour de plus en plus critique.

Depuis la signature de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires le 7 mai 1999, la situation n'a pas évolué et même dans certains cas des blocages administratifs n'ont pas permis le développement des langues régionales: non ouverture de classes, articulation école élémentaire et collège non organisée, crédits spécifiques en baisse. Ce ne sont là que quelques exemples.

Vous comprendrez que l'organisation du débat sur les langues régionales ce mercredi à l'Assemblée Nationale est une étape importante et je veux y voir là le début d'un nouveau processus permettant la reconnaissance de la diversité linguistique en France.

J'ai cependant la conviction que cette question serait plus audible et efficace si elle était gérée d'une façon globale et pragmatique à l'échelle régionale, au plus près des enjeux des locuteurs.

A son niveau, dans la limite de ses compétences et de son budget, le Conseil Régional de Bretagne a mis en oeuvre  le "plan de politique linguistique" voté à l'unanimité en décembre 2004. Ainsi, qu'il s'agisse de soutenir les filières d'enseignement, des formations pour adultes, du développement des usages des langues régionales dans les médias, du soutien à l'édition et l'expression culturelle en breton et gallo, la politique volontariste de la Région a un coût et surtout des limites inhérentes aux moyens et compétences dont elle dispose.

Cette année, nous fêterons en Bretagne les 30 ans de la Charte Culturelle présentée par Valéry Giscard d'Estaing. Alors que l'UNESCO annonce l'année internationale des langues, il me semble opportun de franchir un nouveau cap et de donner un nouvel élan au bilinguisme en Bretagne.

Dans ce contextee, j'ai l'honneur de vous demander le droit à l'expérimentation inscrit dans la Constitution afin de développer et mettre en oeuvre une politique lingistique en adéquation avec les attentes des Bretons."

par Chacalito recommander
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Daou c'hant daou! 202. Le kilomètre que j'ai couru avec le témoin (symbole de la transmission de la langue bretonne). Une super course super jeune super sympa super animée super nocturne! Quelques uns des lecteurs de ce blog ont également participé à cette course...

Pour info, l'école Diwan de Lorient a filmé un passage de la course dans lequel on nous voit, Yann Syz, Jean-Paul Chevrel et moi-même, courir (en arrière-plan).
Voir la vidéo.

L'arrivée à Carhaix était émouvante aux dires de ceux qui ont couru les derniers kilomètres. Vivement l'année prochaine...

Illustrations: à droite,
Jean-Jacques Page à Vannes.
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