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Klask

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25 septembre 2007 2 25 /09 /septembre /2007 11:40
breizhtouch.jpgAvant de poursuivre la lecture de cet article, je vous invite à lire celui de Françoise Morvan intitulé "Breizh Touch au grisbi" sur le journal Libération du 21 septembre 2007: voir ici.

Voici maintenant ma lettre de réponse:

En tant qu’autonomiste breton, je me permets de répondre à votre article sur la Breizh Touch paru dans le journal « Libération » le 21 septembre 2007. Votre pamphlet, me semble-t-il, relève plus du délire paranoïaque que de l’Humanisme !

Avant toute chose, je tiens à m’élever contre ce discours assimilant le breton aux périodes les plus sombres de notre histoire contemporaine : le nazisme ! S’il est vrai qu’une poignée de nationalistes bretons ont jugé bon de s’allier avec les nazis dans l’espoir d’obtenir un Etat indépendant, il n’en va pas de même de tous les bretons, ni de tous les indépendantistes !

Votre vision de l’Histoire est par ailleurs assez troublante. Pour la République Française, la pérennité de la Charte des Droits de l’Homme et du Citoyen ; pour la Bretagne, la collaboration avec le nazisme (idéologie ô combien réprouvée dans les rangs des autonomistes) et l’Opus Dei. Belle preuve de dogmatisme… Ce faisant, vous passez sous silence les périodes noires de l’Histoire de France (la Terreur, les guerres napoléoniennes, les boucheries de 1870, 1914 et 1939, la guerre d’Algérie et j’en passe…). Il ne s’agit pas ici de juger du passé, mais de savoir si oui ou non, la prise de conscience identitaire est légitime en Bretagne !

J’ajouterai qu’en opposant breton et français, vous brouillez une nouvelle fois le message des démocrates bretons qui, loin de penser que les français sont des « ennemis », manifestent simplement la reconnaissance du peuple breton (si petit soit-il) par l’Etat français. Car contrairement à ce que vous dites, la langue bretonne n’est pas officielle au sein de la République Française puisque l’article 2 de notre constitution exclue cette possibilité : « la langue de la République est le français ». Le reste n’existe pas !

Ce qui m’amène à parler de la conception de l’identité selon la plupart des français (notez que je n’ai jamais dit que je ne me considérais pas français !). Loin d’être humaniste, la Révolution française s’est transformée en machine à exclure ! Dois-je rappeler que la devise exacte de la République est « Liberté, Egalité, Fraternité… ou la Mort ! ». Ainsi, l’Etat s’est bâti une identité. Jusqu’à preuve du contraire, pourtant, l’Etat n’a pas d’identité ! C’est un système politique chargé d’organiser au mieux les décisions prises par les élus. Il se trouve qu’aujourd’hui, le fonctionnement centralisé de l’Etat ne fonctionne plus et la défense de l’intérêt général n’est pas satisfaisante. Dire, par ailleurs, que l’Etat est le seul garant de l’intérêt général repose soit sur une foi aveugle en la République, soit sur une méfiance envers les régions !

En parlant de « dérives identitaires », vous apporter donc de l’eau à mon moulin ! S’il est indéniable que la Breizh Touch est une affaire de marketing, votre article va plus loin dans la dénonciation de l’identité bretonne. L’identité est une affaire individuelle et il est du droit de chacun de revendiquer sa différence quand bien même la langue aurait été réinventée par des intellectuels. N’est-ce pas le cas de toutes les langues ? Jetez-vous également la pierre à Luther qui a réinventé l’allemand ? Une langue vivante se doit d’évoluer et de s’adapter à l’ère du temps (chose que le français a beaucoup de mal à faire !). Il est vrai que dans l’Ecole de la République, il y a plus de professeurs de latin que de professeurs de breton ! C’est dire la vision du breton que l’Etat véhicule !

Je parle du breton, mais il en est de même pour l’occitan, le corse, le basque, le catalan (…). Le principe d’assimilation prôné par les nationalistes français est malsain car il oblige celui qui désire être français à renier son identité. Un africain demandant une carte de séjour par exemple doit laisser à la porte de la France son passé, ses croyances, sa culture pour se fondre dans la pensée unique ? Pourquoi ne devrait-on avoir qu’une seule et unique identité ? L’individu ne peut-il être multiple ? L’identité empêche-t-il de respecter les grands principes de la République comme la laïcité ?

Pour illustrer mon argumentation, je me permettrais de rebondir sur l’actualité. Puisqu’en ce moment se déroule la coupe du monde de rugby, j’attire votre attention sur le tournoi des six nations. On y retrouve le Pays de Galles et l’Ecosse (qui ne sont pourtant pas des Etats) quand la France persiste dans son idée qu’un Etat équivaut à une nation ! Loin d’être anti-Etat, je considère que cette vision de la nationalité est erronée et ne respecte pas la devise européenne : « Unis dans la diversité ». Suis-je un « celtomaniaque » pour autant ? La France promeut la diversité culturelle dans le monde, mais serait incapable de le faire sur son sol ?

Bref, avant de vous lancer dans de nouveaux pamphlets contre la « dérive identitaire », je vous invite à lire les idées développés par les partis politiques autonomistes (UDB) et même indépendantistes. Vous découvrirez que ce n’est absolument pas l’essence de l’Etat que nous critiquons, mais la conception de ceux qui en tirent les ficelles. Vous constaterez également que le mouvement breton n’est pas homogène et que si certains se referment sur leur culture, d’autres au contraire sont bien plus ouverts au monde que ne le sont les patriotes français !

Dans l’espoir que cette lettre fasse tomber vos œillères, je vous prie, Mme Morvan, de croire en ma multiple appartenance !


                Gael Briand (Membre l’Union Démocratique Bretonne).


Pour finir l'article sur une note plus optimiste, voici un autre article tiré du journal Le Monde celui-là et daté du 21 septembre également. Voir ici.

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commentaires

keats 22/01/2014 23:02

vous parlez de culture bretonne..mais ou sont les œuvres? Et vos Victor Hugo,Stendhal,Balzac,....ma foi,on les attend toujours...