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par Chacalito
Samedi 1 décembre 2007
histoire.jpgLors d'une discussion épique avec mes voisins de pallier à Bruxelles sur les revendications des minorités en Europe, l'un d'eux m'a fait savoir qu'il pensait que mon argumentation n'allait pas dans le sens de l'Histoire.

J'ai été très surpris de constater qu'en plus des problèmes sémantiques (Etat-Nation) auxquels je me heurtais, cette question était aussi à considérer dans une perspective historique!

L'Histoire a-t-elle un sens? Beaucoup de courants de pensées ont évoqué cette possibilité. Je résumerai ici les deux principaux avant de donner mon sentiment.

Le premier courant est d'ordre religieux. D'après les trois Livres (Torah, Bible, Coran), le monde a été créé par Dieu. Il y a donc un commencement et une fin: le Jugement Dernier par exemple. Cette vision linéaire de l'Histoire fait de l'Homme un grain de sable dans un engrenage qu'il ne maîtrise aucunement (le destin: voir ici).

Le second courant place au contraire l'Homme au centre de l'analyse. Il s'agit du courant marxiste qui, pour schématiser, étudie l'Histoire dans une perspective de luttes des classes. Ainsi, la société évolue constamment: esclavagisme, féodalisme, captalisme, socialisme, communisme. Le communisme marque la fin de l'Histoire selon Marx puisque les conflits sont erradiqués et les choses en ordre!

Pour ma part, je pense que l'Histoire n'a aucun sens. D'ailleurs, l'Histoire est forcément le produit des choix des Hommes puisque ce concept est essentiellement humain. Dieu, s'il existe, est immanent et infini, il se fout pas mal de l'Histoire. De même que les animaux ont peut-être conscience du temps et apprennent (évolution de Darwin), mais ne consignent pas tous les éléments historiques!

Ainsi, dire que mon argumentation ne va pas dans le sens de l'Histoire (je parlais de l'hypothétique apparition de nouveaux Etats en Europe dans les prochaines années: Ecosse, Pays Basque, Catalogne, Kosovo) me semble être un peu étrange. L'Etat n'est pas quelque chose de figé. L'Histoire le montre et cela évoluera encore. En effet, l'Etat n'est que la résultante du bon vouloir des habitants de vivre sous sa coupe!

Si une majorité de la population ne se reconnaissent plus dans cet Etat, pourquoi devrait-il subir son influence? Quid du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes? De l'autodétermination? On se rend compte ici pourquoi le statut de "peuple" refuse d'être attribué!

L'Etat peut devenir tyrannique, terroriste et annihiler une minorité de contestataires dans l'unique but de perdurer, de se perenniser! Pourtant, n'en déplaisent à nos jacobins qui confondent République avec Démocratie (voir ici), l'Etat est au service de la population et non l'inverse!

Illustration: Mix et Remix.
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Commentaires

l'article est intéressant, sur la conception linéaire de l'histoire on peut également citer Francis Fukuyama qui a théorisé une Histoire tendant de façon linéaire vers la démocratie libérale.

Aujourd'hui la pluaprt des historiens ont plutot une conception cyclique de l'histoire.

Pour ma part j'ai la faiblesse de croire que nous tendons plutot vers le mieux, vers une démocratie plus proche du citoyen, et que notre engagement politique va comme bien d 'autres dans le sens de ce mieux ;)
commentaire n° : 1 posté par : Kevin le: 01/12/2007 20:39:20
La plupart des gens ont une vision cyclique. Genre: "l'Histoire se répète"! Je n'y crois pas. Même si nous devons tirer des leçons de l'Histoire, elle ne se répète pas.

Et d'ailleurs, je ne pense pas que nosu allons forcément vers un mieux! Les preuves sont nombreuses qui contredisent cette thèse! En France ou ailleurs (voir la Russie actuellement qui durcit son régime).

Après bien sûr, étant engagé politiquement, j'espère que mon discours est celui du progrès social et de l'Humanisme. Mais il faudrait voyager dans le futur pour le savoir! L'avenir, c'est le pari du présent...

Gael.
réponse de : Chacalito (site web) le: 03/12/2007 10:28:18
L'Histoire est faite par les hommes et les circonstances heureuses ou malheureuses et ceux qui ont crus qu'il pouvait l'écrire à leur façon et en définir le sens ont créer les grands totalitarismes du XXe siècle, que ce soit le nazisme ou le communisme, avec tout les conséquences que l'on sait.

PS J'ai vu que tu as vendu des fruits et légumes au marché de Merville. Mon père Jacques Yvinec y a un étal en fruits et légumes bio. Mon frère Clément et ma soeur Suzanne y travaille parfois si ça te dit quelque chose.

Un expatrié au Canada. J'ai nouvellement un blog sur bzhnetwork.com

Kenavo. Divi
commentaire n° : 2 posté par : Divi le: 03/12/2007 04:16:18
Je rejoins ton analyse.

Concernant ta famille, non, je ne vois pas! Je bosse dehors avec Loic Le Marec. Explique un peu où ils se trouvent et à mon retour, j'irai les saluer!

Gael.
réponse de : Chacalito (site web) le: 03/12/2007 10:25:12
Juste pour vous dire qu'ayant trouvé cet article grâce à Google, je me suis permis de le citer sur un forum Yahoo sur  lequel j'interviens régulièrement (avec renvoi, comme il se doit).

Si toutefois vous deviez y voir à redire (au titre du droit d'auteur), n'hésitez pas à me demander de le retirer.

Cordialement.
commentaire n° : 3 posté par : Louis Kaczmarek (site web) le: 04/12/2007 15:05:04
Je devrai plutôt vous remercier non? S'il existe un lien... pas de problème du tout!

Gael.
réponse de : Chacalito (site web) le: 04/12/2007 15:16:25
Pour donner un sens à l'Histoire, il faut déjà l'écrire, c'est-à-dire le falsifier, l'interpréter et gommer tout ce qui ne va pas dans le sens choisi.
commentaire n° : 4 posté par : Didier (site web) le: 04/12/2007 21:57:51
L'Histoire n'est pas forcément écrite par des français ou des russes! Je conçois que l'Histoire est écrite par les puissants, mais ce qui distingue l'Histoire de la Mémoire, c'est justement l'exigence de rigueur et d'honnêteté. Les récentes tentatives de légifération se sont soldés par un lever de bouclier des historiens.
Tout n'est pas parfait et c'est un breton qui te parle donc je mesure l'imperfection de l'Histoire officielle française, mais je te trouve un poil pessimiste ;-)

Après, comme disait mon prof de fac, l'Histoire est forcément idéologie, mais ce n'est pas une mauvaise chose dès lors qu'il existe un débat.

GAel.
réponse de : Chacalito (site web) le: 05/12/2007 09:38:11

Je viens de lirevotre réflexion sur le sens de l'Histoire. Je ne partage pas votre analyse. Je me souviens des années 60 où le PC était très puissant et où le Mouvement Breton commençait à poindre. Les esprits imprégnés de marxisme -et ils étaient légion- nous reprochaient de ne pas aller dans le sens de l'Histoire : celle-ci conduisait nécessairement vers la Fin de l'Histoire. Des gens qui se préoccupaient de promouvoir la culture bretonne ou de défendre des industries lcales vouées à leurs yeux au dépérissement contrevenaient à cette Loi qui les broierait fatalement.

Tout cela pour vous dire que la pensée de Marx, dans le droit fil de Hegel, n'accorde à la liberté humaine que le pouvoir de coïncider avec le mouvement de l'Histoire. Telle est l'alternative : où bien on fait preuve d elucidité et on épouse le mouvement d el'Histoire, ou bien on est écrasé par cette loi d'airain.
Quant aux religions, je vous entretiendrais là-dessus une autre fois. Je suis obligé de partir.

commentaire n° : 5 posté par : kerrain le: 10/02/2008 17:12:27
Je ne comprends donc pas votre désaccord! J'ai bien dit que, selon moi, Il n'y a PAS de sens de l'Histoire...

Gael.
réponse de : Chacalito (site web) le: 10/02/2008 19:14:20
Je poursuis mon commentaire.  Peut-être ai-je mal interprété votre phrase concernant le marxisme, mais comme vous affirmiez qu'il mettait l'homme au centre de l'histoire, j'en ai déduit que  vous considériez la liberté humaine, dans la pensée marxiste, comme le moteur de l'histoire.  Ce qui est faux.  En réalité, le marxisme, c'est la transposition  de l'idée de Destin au mouvement de l'histoire 

Ce qui n'est pas le cas de la pensée judéo-chrétienne. Vous avez raison de dire que, dans cette perspective, le mouvement de l'histoire est finalisé (ou si vous voulez linéaire) : il est orienté vers un but. Il y a un commencement  : l' Alliance de Dieu avec le peuple hébreu (l'aventure d'Abraham),  puis la promesse du Messie.  Ici apparaît la divergence fondamentale entre le judaïsme et le christianisme : Pour les juifs, le Messie n'est  pas encore venu (pour certains courants même il ne s'agit que d'une figure de l'attente). Pour le christianisme au contraire, l'accomplissement messianique s'est réalisé, accomplissement qui culminera dans le Retour du Christ, ce qu'on appelle la Parousie impliquant, comme vous le dites, le Jugement Dernier.
Vous connaissez tout cela aussi bien que moi. Mais vous commettez une grave erreur, lorsque vous prétendez que cette théologie de l'histoire abolit la liberté. L'homme ne serait qu'un grain de sable  saisi dans les rouages de la grande Machinerie de l'Histoire. Tout cela est faux.  La Bible est un hymne à la liberté humaine. Prenez les textes d'Amos et Osée (je les conseille comme moyen d'accès à la Bible parce que leur oeuvre est courte) ou, si vous avez plus de temps, les textes des prophètes en général. Que disent-ils ? Convertissez-vous, respectez la loi divine, pratiquez la justice et la charité, aidez les pauvres et les orphelins etc.. Bref, c'est un appel adressé à la liberté de l'homme, pour qu'en contribuant par un choix résolu de son vouloir à l'humanisation de la cité, il s'humanise lui-même. Mais bien entendu, c'est surtout dans les Evangiles que tout cela est le plus admirablement affirmé. Vous connaissez sans doute l'oeuvre de Dostoïevski. C'est, à mes yeux, le génie littéraire qui a le plus profondément compris l'essence du christianisme. Lisez la Légende du Grand Inquisiteur dans les frères Karamasoff. Quel est le grand reproche que l'Inquisiteur adresse au Christ qu'il a emprisonné ? De vouloir le surgissement de l'homme libre, de croire à la liberté humaine, alors que fondamentalement l'homme aspire à la servitude, aspire à se dessaisir d'une liberté qui l'accable. Il voudrait se débarrasser de cette liberté comme d'un fardeau trop lourd à porter, pourvu qu'il dispose de la sécurité et des biens matériels. (On pourrait faire un parallèle entre ce grand texte et le Discours de la servitude volontaire de la Boétie).
Tout cela pour vous dire que la conception chrétienne de l'histoire est fondée essentiellement sur la croyance en la liberté.  D'ailleurs la notion du Retour du Christ et du Jugement Dernier -qui ne se situent pas dans l'histoire, nous sommes par-delà l'espace et le temps- postulent la liberté.  Le jugement dont il est question ici n'a rien à voir avec la conception sarkoziste de la justice !
D'ailleurs je suis tenté d'ajouter -même si cela complexifie ma pensée - que cette conception chrétienne du salut peut s'accommoder de différentes représentations de l'histoire. Le grand historien et philosophe de l'histoire Arnold Toynbee était chrétien, que je sache, et pourtant il soutenait une vision cyclique de l'histoire. On peut être chrétien et croire à une vision cyclique du mouvement de l'histoire ou au contraire, comme Teilhard de Chardin, croire que l 'histoire tend vers le Point Oméga ou encore croire que l'histoire n'a pas de direction. Théologie de l'histoire n'a rien à voir avec ce qu'on appelle les philosophies de l'histoire. Mais ,encore une fois, on ne peut se réclamer du judaïsme ou du christianisme sans croire à la Liberté.
commentaire n° : 6 posté par : Kerrain le: 11/02/2008 23:17:04
Véritablement, cet exposé me passionne. Je dois avouer que je n'ai pas toutes ces connaissances. j'ai entendu parler de Teilhard de Chardin (en bien) voila tout. Ce que je critique en réalité dans la vision croyante, c'est le destin! La croyance selon laquelle tout est écrit.

Mais effectivement, je trouve les textes bibliques que j'ai lu très profonds et bien loin de l'image d'intolérance qui leur est reproché. Et humaniste également. j'ai toujours dit que ceux qui avaient écrit la Bible étaient des génies littéraires...

Merci pour ces conseils de lecture. J'espère un jour avoir le temps de faire de la théologie!

Gael.
réponse de : Chacalito (site web) le: 11/02/2008 23:58:21
La question se pose alors de savoir pourquoi une telle conception de l'histoire, qui devrait, au contraire, apparaître comme une source d'espérance, est dénaturée par un grand nombre de nos contemporains. Je pense que cela tient au fait que cette vision théologique de l'histoire a été laïcisée par la philosophie des Lumières et  ratifiée par les grandes philosophies de l'histoire du XIXs. En un mot, on a projeté dans l'ordre de la temporalité ce qui relevait "d'un autre ordre". Toutes ce philosophies de l'histoire reposent sur un certain nombre de postulats,  
notamment  :
 -la pleine intelligibilité du devenir humain.
- l'explication dernière sera donnée à la fin de l'histoire, le terme de l'histoire donnant sa signification plénière à la totalité des évènements qui tissent la trame de l'histoire
- le temps est le lieu de l'accomplissement du Progrès.
Je pense en premier lieu à Condorcet qui, dans l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, dépeint une succession de dix âges  : nomades et chasseurs, pasteurs avec l'equel naît l'esclavage, agriculture dominante plus marchands, artisans, ouvriers. Le quatrième âge est celui de la Grèce, puis vient Rome, les Croisades, l'imprimerie, Descartes, les Lumières dont la victoire marquera le dixième âge avec "la destruction de l'inégalité entre les nations, les progrès de l'humanité, l'égalité entre les peuples, le perfectionnement réel de l'homme".
 Il faudrait citer également le positivisme avec les "trois âges de l'esprit humain" : le stade théologique, le stade métaphysique et le stade positif. Et, pourquoi pas, notre compatriote Ernest Renan auquel les Bretons ont coutume de tresser une couronne, alors que, philosophiquement parlant, personne ne pourrait plus supporter les analyses qu'il développe dans "l'Avenir de la Science". Et enfin, pour mentionner des philosophes de génie : Hegel et Marx.
Donc, comme je l'ai dit précédemment, ces philosophies représentent une sécularisation de la conception théologique chrétienne : ils inscrivent dans l'ordre de la temporalité un messianisme religieux qui vise à réaliser la Cité de Dieu ( selon les termes de Saint Augustin).
commentaire n° : 7 posté par : Kerrain le: 12/02/2008 12:03:38
Echec et Mat!

Là, je suis dépassé! Vous allez trop vite pour moi. Je crois qu'effectivement, mon esprit peut-être subjectif. Entre l'idée de "destin" que je consteste et l'idée de Liberté qui effectivement est présent dans les textes bibliques (et j'imagine coraniques, talmudiques), je ne sais plus à quel saint me vouer!!!

Gael.
réponse de : Chacalito (site web) le: 12/02/2008 17:45:40
J'aborde maintenant un autre sujet. Infiniment plus compliqué, que je n'ai pas la prétention de pouvoir  résoudre : c'est la question de Dieu. Dans le numéro de janvier d'Al Liamm, je lui ai consacré un article ; il ne s'agit que du premier volet  d'un article bien ambitieux : "meizañ Doue en hon amzer" . Une manière surtout, non pas de résoudre philosophiquement une question aussi complexe, mais de traiter en langue bretonne des sujets ardus, afin que les bretonnants ne se retrouvent pas enfermés dans le ghetto mental des contes et des nouvelles.
Je constate, à la lecture de vos textes, que vous vous réclamez du panthéisme. Et je le comprends très bien. Quand je me suis attelé à cette tâche, j'ai pu observer que toutes les "preuves de l'existence de Dieu" se heurtent à cette objection que je pourrais intituler Deus sive Natura ou celle de l'équation entre Dieu et la Nature. Tout cela pour vous dire que je prends très au sérieux cette thèse.
D'ailleurs, je ne peux manquer de vous signaler que vous vous trouvez en excellente compagnie. Vous consacrez un article à Julien Gracq. J'ai lu quelque part un article de Regis Debray, qui, au moment de la mort de cet écrivain, parle des relations amicales qu'il entretenait avec lui. Voici un extrait de cet article :
Chaque fois que je lui demande par téléphone des nouvelles de sa santé, il répond "rien à signaler. Cà suit son cours." Dieu ? Croyance ? Athéisme ? "Pour se dire athée, précise-t-il, il faudrait au moins savoir en quoi consiste le théos que l'on nie. Ce n'est pas mon cas. Prier qui ? Il faudrait que Dieu soit une personne, un sujet, ce que je n'arrive pas à m'imaginer. Et sinon, si c'est la totalité, le monde, le cosmos auxquels on trouve quelque chose de divin, pourquoi pas, je l'admets bien volontiers, mais alors Dieu n'est au fond qu'un adjectif."
Je suppose que vous ratifieriez volontiers les déclarations de Julien Gracq.. Cette représentaion de Dieu jalonne tout le cours de la philosophie occidentale depuis les Grecs : Xénon, Chrysippe, Cléanthe, Epictète, Marc-Aurèle, Spinoza bien sûr que vous aimez mentionner, les romantiques allemands du XIXs, Schelling et probablement Einstein. En excellente compagnie incontestablement !
Puisque le temps qui m'est imparti pour engager le dialogue est nécessairement limité, je ne formulerai que deux objections, la seconde n'étant qu'un corollaire de la première.
Dans toute grande pensée, il y a toujours un implicite, quelque chose qui reste voilé et qui n'est jamais pris en considération par le penseur dans la construction de  son système. Un non-dit ou plus précisément un non-pensé. Quel est le non-pensé du panthéisme ?
Je dirais sans ambages qu'il s'agit du pourquoi de l'être. Tous les panthéistes  affirment l'existence du Cosmos, ie d'une Totalité parfaitement organisée et harmonieuse qui suscite leur admiration, leur étonnement au sens étymologique du terme. Mais je n'ai jamais rencontré dans la pensée panthéiste -je pense notamment au Stoïcisme que je connais bien,- la moindre interrogation sur l'origine de cette Totalité organisée. Elle serait là, éternellement là comme un donné originaire, sans qu'il faille pousser plus loin l'interrogation. En toute modestie, je reprends la question soulevée par Leibniz : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
La deuxième objection est impliquée dans la première : le panthéisme requiert l'éternité du monde. Or la science moderne tend à contester cette croyance. Des astrophysiciens tels que le belge Lemaître et le russe Gamov travaillent déjà dans les années 30 sur des modèles de l'univers en expansion, spécialement dans le cadre de la théorie de la relativité. L'américain Hubble de son côté met en évidence l'existence d'une relation entre la vitesse de fuite des galaxies et leur distance. Toutefois, c'est en 1965 que se produit l'évènement capital qui va donner naissance à la théorie du Big-Bang. Alors qu'ils travaillent sur un chantier naval pour mettre au point un nouveau type d'antenne, deux ingénieurs, A. Penzias et R Wilson, perçoivent un bruit étrange qu'ils assimilent d'abord à un bruit de fond. En fait, ils viennent de découvrir le fameux rayonnement thermique résiduel fossile qui fait remonter aux origines de l'univers. Depuis cette date, toutes les observations faites à partir de satellites tels que le COBE (Cosmic Background Explorer) ont confirmé la théorie du Big Bang : l'univers a eu un commencement. Je pose donc la question que pose l'anglais Hawking dans un livre merveilleux dont vous avez peut-être entendu parler (Une brève histoire du temps ) : "même s'il n'y a qu'une théorie unifiée possible, ce ne sera qu'un ensemble de règles et d'équations. Qu'est-ce qui insuffle le feu dans ces équations et produit un univers que ces équations pourront décrire ?" (P212)
Deux objections donc :
- pourquoi y-a-il quelque chose plutôt que rien ?
- le monde n'est pas éternel. L'univers a eu un commencement. Avec lui sont apparus l'espace et le temps.


commentaire n° : 8 posté par : Kerrain le: 13/02/2008 22:33:37
Pourquoi y aurait-il un pourquoi? Penser cela est être à mon sens un peu trop ethnocentré. Si l'on essaye de se placer du point de vue de Dieu, l'Homme n'est rien.

L'Univers a un commencement? Alors pourquoi des scientifiques parlent du Big Bang - 1... de ce qu'il y avait avant. le Big Bang est le commencement du temps tel que l'Homme le conçoit. Comme une course contre la montre qui de toute façon sera gagnée par le néant.  L'Univers est un coeur qui bat?

Mais, (à moi de poser une question): comment vous représentez-vous l'infini?

Je suis sans doute un peu farfelu, mais je le conçois assez bien. Imaginez un monde dans lequel il n'y ai pas de point de repères. Ni angles, ni couleurs, ni formes, ni matières... imaginez le blanc ou n'importe quelle couleur, une seule. Si tant est que cela soit possible, dans un tel monde, si vous avancez, vous n'avancez pas! Puisqu'il n'y a pas de but. Votre main n'accroche rien, votre oeil non plus. Vos sens sont inutiles.

Bref, le temps et l'espace sont des concepts bien humains au final. Le cosmos pourrait aussi bien n'être qu'une molécule d'un monde plus grand?  Notre conception de l'univers est assez linéaire et plate. Qu'y a-t-il au-dessus?

je pense que la nature est trop bien faite pour croire qu'elle n'a pas ses règles. Et si l'infini existe, c'est que l'univers se dessine sur la feuille blanche... ou dans notre esprit (qui mériterait d'être débridé lui aussi).

Gael.
réponse de : Chacalito (site web) le: 13/02/2008 23:23:38
J'aborde maintenant la dernière ligne droite. Je tiens à vous dire que votre texte soulève de nombreuses questions. C'est déjà un grand mérite et je ne peux que vous en féléciter. Reste donc à traiter la question du sens de l'Histoire, puisque c'est la raison même de mon intervention. Le reste n'était que préliminaires.
Je ne partage pas du tout votre conception de l'histoire qui évoque pour moi une phrase célèbre de Shakespeare dans Macbeth : " une  histoire de fous, racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur".  Il faut avoir l'intrépidité et la naïveté de la jeunesse pour conférer à la liberté humain un pouvoir démiurgique. Comme si l'histoire n'était qu'une argile  friable que le potier humain pourrait pétrir à sa guise !
J'ironise bien sûr et caricature probablement votre pensée, mais indéniablement, elle est interprétable en ce sens. Alors, me demanderez-vous, quelle est votre position ? Je vais vous l'exposer le plus brièvement possible.

Vous connaissez sans doute la distinction stoïcienne entre "ce qui dépend de nous" et "ce qui ne dépend pas de nous". Cette distinction conceptuelle, je la transpose au plan historique. Penser l'histoire exisge que l'on introduise ces deux composantes : le déterminisme et la liberté. Pour expliciter ma pensée, je pourrais aussi invoquer la formule sartrienne "la liberté est en situation", une formule qui est superposable à la distinction stoïcienne. Il y a la liberté et il y a la situation, ie la configuration historique dans laquelle s'inscrit la liberté. Pour développer ma pensée, je vais m'efforcer de ne pas verser dans les abstractions -un penchant chez moi contre lequel je dois constamment lutter - mais essayer de me référer à des exemples concrets.
Prenez l'évènement majeur que constitue la Révolution de 1789  :
qu'on le veuille ou non, cet Evènement trace les contours de la France actuelle. On ne peut penser la situation actuelle de la France, son "exceptionnalité" dans le paysage européen environnant, sans se référer à cet évènement fondateur : l'idéologie de l'assimilation, le culte de la centralisation politique, l'absence ou la faiblesse des "corps intermédiaires", de structures faisant contrepoids à l'hypertrophie de l'Etat, etc.. Soit les faits tragico-comiques que nous vivons actuellemnt : le rapport Attali préconisait la suppression des départements. Voyez le tollé qu'une telle suggestion de bon sens a soulevé. Quelle levée de boucliers ! Bref, notre liberté humaine doit composer avec cette "situation" , "avec "ce qui ne dépend pas de nous". 

Prenez la configuration historique qui se dessine après la seconde guerre mondiale. Celle-ci a façonné un nouveau visage de l'histoire, une configuration nouvelle du monde caractérisée par la
- la formation de deux grands empires ou ce qu'on a appelé les "deux blocs". C'est un monde bipolaire qui émerge sur lequel vont régner l'URSS et les Etats-Unis jusqu'à l'effondrement du système soviétique. Les empires coloniaux, comme la France et l'Angleterre cessent d'exercer leur hégémonie et deviennent inéluctablement des puissances moyennes. De Gaulle a beau faire des effets de manche, se dégager de l'OTAN et tenir des discours sur le "rang" et la "grandeur" de la France, ce ne sont là que balivernes, des propos dérisoires et grotesques.
- le processus de la décolonisation. Il se réalise nécessairement, malgré les tentatives désespérées de la France pour maintenir,  coûte que coûte,  sa domination mondiale, en s'engageant dans des guerres inqualifiables.
- Et à l'heure actuelle, après la chute du Mur de Berlin et l'effondrement de l'empire soviétique, quel visage de l'Histoire se dessine-t-il ? Incontestablement, sans vouloir me lancer dans la prospective, le monde devra compter avec le déclin de l'Europe, la puissance américaine et la puissance des pays dits émergents comme l'Inde et la Chine. Une nouvelle configuration donc, ce que j'appelle une fois encore "la situation".
Il faut donc admettre l'existence de forces déterminantes orientant dans un certaine mesure le cours de l'histoire. Mais cela dit, il faut rétablir la marge d'incertitude, d'imprévisibilité de l'avenir, car l'histoire n'obéit pas à un déteminisme strict, absolu, infaillible. Le futur n'est pas inscrit dans les astres mais dépend pour une part de la lucidité, de l'énergie des hommes et des peuples ou de leurs lâchetés et de leurs démissions.
Si je voulais résumer ma position en quelques mots, je dirais que le déploiement de l'histoire n'est pas régi par un déterminisme absolu, par le Destin au sens stoïcien du mot - et donc je récuse les philosophies de l'histoire, la féchitisation du Sens de l'histoire. Mais il ya, pour reprendre une formule de Merleau-Ponty, des ""ilots d'intelligibilité", des configurations historiques accessibles à l'analyse et offrant même la possibilité d'une prospective.
commentaire n° : 9 posté par : Kerrain le: 14/02/2008 11:15:48
Je crois que vous vous trompez sur ma vision. Je m'en suis rendu compte à la lecture de ce nouvel exposé édifiant!

Je considère que l'Homme a le choix, MAIS un choix LIMITE. D'une part, l'Homme ne prévoit pas les éléments naturels. De deux, il ne choisit pas son lieu de naissance, ni l'époque dans laquelle il vit. Donc, non, je ne crois pas que l'Histoire puisse être si facilement malléable. Sinon, chaque homme ou femme aurait le pouvoir d'un Dieu.

Non, je pense que dans la marge de choix qu'il lui est impartie, l'Homme fait des choix voilà tout. Je suis bien placé pour savoir que malgré le fait que mon combat politique soit dans son droit, la pensée française fait face à des verrous idéologiques qu'il est difficile de faire sauter...

Donc, je suis plutôt d'accord avec vous: certaines choses sont extérieures à l'Homme. C'est d'ailleurs pour cela que je ne crois pas au sens de l'Histoire. C'est encore plus facile à comprendre en Afrique. Ce continent ne peut se développer sans régler son Histoire de "colonie".

Gael.
réponse de : Chacalito (site web) le: 14/02/2008 11:36:13

quelques remarques supplémentaires
1) sans doute, lorsque vous rédigez un texte élaboré, ne vous contentez-vous pas de  formules du genre "je pense que l'histoire n'a aucun sens", mais je ne les ai pas inventés. D'où mon effort pour introduire la notion de signification ou plus précisément "d'îlot d'intelligibilité".
Je reconnais cependant que j'ai trahi votre pensée,  lorsque, de la phrase suivante, je n'ai retenu que la première partie : "l'histoire  est forcément le produit des choix des hommes".  Erreur de distraction. Cela tient au fait que je réfléchis sur l'histoire en philosophe et que la théologie de l'histoire ne m'intéresse pas beaucoup. Cela n'entre pas dans le champ de mes préoccupations. Je considère le déploiement du mouvement historique du point de vue des hommes, et non de Dieu.

2) J'en viens à  ma critique du panthéisme. Votre position ne résiste pas à un examen critique. Pourquoi ? parce que vous vous  placez dans le champ de la métaphysique. Affirmer que la Réalité entière résulte de la présence organisatrice d'un dieu immanent relève de la métaphysique. Or comment définit-on la métaphysique ? C'est la connaissance des causes ultimes de toute chose à la lumière de la raison. Vous avez bien entendu : recherche des causes. Pas de métaphysique sans la recherche d'un pourquoi.
Il y avait certes la possibilité de critiquer ma position : c'est de se référer à Kant et à la Critique de la Raison pure. Le refus de la démarche métaphysique, l'affirmation que la raison humaine n'est pas habilitée à dépasser l'ordre des phénomènes. C'est une possibilité que vous ne semblez pas envisager. Spinoza est pré-kantien
Je ne saisis pas très bien la deuxième critique. Je m'appuie ici sur les dernières découvertes en macrophysique. Cependant, si vous avez dans vos relations des spécialistes de cette discipline, il vaut mieux  leur demander de plus amples informations.  Des deux objections que j'avais formulée, c'est certainement la plus discutable. Pourquoi ? tout simplement parce que c'est le propre des "sciences dures" d'être remises en question par telle ou telle découverte nouvelle. Il est toujours dangereux d'atteler le char de la philosophie aux sciences physico-chimiques ou biologiques.

3) comme j'écris tout cela  d'un trait , sans doute trouverez-vous des erreurs dans mes considérations.
Par exemple, je ne crois pas que Dostoïevski soit le seul génie littéraire à saisir l'essence du christianisme.  Claudel, Bernanos, en ont sans doute une perception aussi aiguë que lui. Cela dit, la Légende du Grand Inquisiteur est un des texte les plus bouleversants que je connaisse.
fétichisation etc.. les fautes ne manquent pas. 

commentaire n° : 10 posté par : kerrain le: 14/02/2008 21:11:56
1. Non, certes! J'essaye délaborer une réflexion, mais mon esprit est encrassé. Mes cours de philo remontent à la prépa littéraire que j'ai réalisé à Nantes il y a 5 ans. Depuis, je lis un peu de vulgarisation, mais pas des auteurs! j'aime beaucoup cette notion d'ilot d'intelligibilité.

Mais je ne suis pas un ancien prof de philo, moi!

2. je vous invite à parcourir un peu plus mon blog et à ne pas vous focaliser sur cet article précis. Je me souviens d'un article sur la Science dans lequel je dis que si la Connaissance Absolue existait, elle n'était pas de l'ordre de l'Humain. Je pense que chaque chose est explicable, mais que l'Homme ne peut tout savoir, tout appréhender pour expliquer!

3. Malheureusement, je ne suis pas assez calé pour pouvoir vous corriger! L'expérience sans doute et vous me prenez pour plus savant que je ne suis... malheureusement!

Gael.
réponse de : Chacalito (site web) le: 14/02/2008 23:45:36

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