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Klask

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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 16:25

Retour de Budapest en Hongrie où l'Union Démocratique Bretonne était invitée par l'Alliance Libre Européenne et la Fédération Internationale des Hongrois pour faire un discours sur le jacobinisme français et la situation (résumée) de la Bretagne. J'ai donc tenu le discours qui suit en anglais lors d'une conférence dédiée aux nations sans Etat (qui se déroulait en même temps que... 11 autres conférences sur l'identité hongroise!). Le compte-rendu sera disponible dans un prochain Peuple Breton. En attendant, je vous livre la version complète de mon intervention (kalon vat).


Quand le jacobinisme freine l’essor des régions…

Il y a sans doute parmi vous des personnes qui ne connaissent pas (encore !) la Bretagne, cette péninsule à l’Ouest de l’Europe qui fait face à la Cornouaille britannique. La Bretagne actuelle n’est en réalité que la petite Bretagne en référence à l’ancienne île de Bretagne appelée aujourd’hui « Grande Bretagne » d’où les premiers bretons ont migré. Ne soyez donc pas étonnés de retrouver des toponymes communs de part et d’autres de la Manche. Les langues sont très proches en témoignent les langues bretonne et cornique, deux des dernières langues celtiques issues de la branche brittonique. Mais point de celtomanie puisque la civilisation celte a marqué toute l’Europe et notamment l’Europe centrale (Hallstatt).

De quand date la conscience bretonne ? On peut estimer qu’il y eut plusieurs sursauts nationalistes dans l’Histoire de Bretagne. Il serait un peu anachronique de parler de « nation » à l’époque des rois de Bretagne, un peu moins à celle de la duchesse Anne de Bretagne (qui, à son époque, réalisa un tour de Bretagne) et de l’Etat breton. La Bretagne perd son indépendance en 1532, mais le tournant principal viendra avec la Révolution Française. J’y reviendrai…

Il serait plus juste de dire que le nationalisme breton naquit véritablement à la fin du XVIIIème siècle, s’intégrant ainsi pleinement dans le mouvement romantique européen (Eveil des nationalités dans l’Europe du XIXème siècle). Le vicomte Hersart de la Villemarqué et son
Barzaz Breizh fédère les bretons autour de ce recueil de chants populaire. Ces « romantiques » étaient également appelés « libéraux » au sens politique du terme. Le mouvement politique et culturel breton s’intensifie au sortir de la première guerre mondiale puis dans les années 1970 avec le cheval d’orgueil de Per Jakez Helias, Xavier Grall ou Glenmor, Alan Stivell…

Depuis, il est clair que la conception de la République Française imaginée de Paris est de moins en moins appréciée. Car à l’inverse des nations sans Etat qui la constitue, la France a bâti son identité autour de son Etat et souvent par la force. La centralisation a commencé avec la royauté et s’est trouvée renforcée après la Révolution Française quand la Révolution, menacée par les monarchies européennes a conduit les leaders politiques à choisir l’unité autour de l’Etat. Les bretons gagnent alors des droits individuels, mais perdent leurs droits collectifs. La Bretagne n’est plus considérée comme une entité parce que le nouveau contrat social ne donne de droits qu’aux individus. La Bretagne, de même que les autres régions/nations de France est dépouillée de son identité.

Aujourd’hui, en France, le débat entre les girondins (partisans d’une organisation décentralisée de la République) et les jacobins (partisan de la centralisation) renaît. La notion de « jacobinisme » est donc très française et est utilisée pour décrire la centralisation excessive du territoire. Un seul exemple : le budget de la Culture est destiné à 60% à la région parisienne alors que la région représente « seulement » 20% de la population et 2% du territoire. A l’inverse, les défenseurs de la reconnaissance de droits collectifs pour les minorités sont qualifiés de « communautaristes ». Ma question est donc la suivante: comment doit-on qualifier un tel privilège d'une seule région?

La centralisation française a toujours été de pair avec une politique continentale ce qui, d’un point de vue géopolitique, a affaibli la Bretagne, incapable de profiter de l’atout majeur que constituait la mer alors qu’aux XVe et XVIe siècle, elle possédait la première flotte de cabotage d’Europe. C’est encore la logique centre-périphérie qui prévaut pour l’octroi de certaines aides européennes : la Bretagne a bénéficié pendant un temps de fonds servant à « désenclaver » la région (elle qui fut un carrefour pendant si longtemps). (voir ici
)

Du point de vue de la langue, cette centralisation s’est accompagnée d’un dogmatisme féroce : l’abbé Grégoire, en 1794, publie son « Rapport sur la Nécessité et les Moyens d'anéantir les Patois et d'universaliser l'Usage de la Langue française » dans lequel il affirme que seule « l’usage unique et invariable de la langue de la liberté » (comprenez le français) ne devrait être valable en France.

Il faut attendre 1951 pour que la loi « Deixonne » donne timidement l’autorisation d’enseigner les langues régionales en France. Depuis cette date, et malgré de multiples combats, rien ! Cette idée de langue unique persiste malheureusement en France et explique pourquoi l’Académie Française et les sénateurs ont refusé l’intégration des langues régionales dans la Constitution en mai dernier. Pour ne pas être trop incisif envers ces institutions d’un autre temps, je constate que face aux incompréhensions de la population française et de nombreux parlementaires (tous bords confondus), le Sénat est revenu sur son refus et a accepté l'inscription des langues régionales non pas à l’article 1 de la Constitution, ni même à l’article 2 qui traite de la nation, mais à l’article 75. On savait que cette inscription n’apportait pas de droits nouveaux, elle n’apporte pas non plus le symbole d’une France respectueuse de ses identités. Il convient de noter qu’il ne saurait être question d’une co-officialisation des langues !

Alors qu’il est clairement entendu que l’unité française n’est pas menacée par le développement des langues régionales, l’Etat s’entête si bien que la situation linguistique du breton est assez dramatique. Si rien n’est fait, il est probable que la langue disparaisse à l’horizon de la moitié de ce siècle. En 2004, la Région Bretagne où l’UDB siège a voté à l’unanimité une politique linguistique ambitieuse qui visait à atteindre 20000 élèves scolarisés en filière bilingue d’ici 2010. Il est très peu probable que nous atteignons ce chiffre et ce, par le manque de volonté de l’Etat.

Le Conseil Régional de Bretagne a sollicité la compétence « politique linguistique » à plusieurs reprises au titre du droit à l’expérimentation de même que la possibilité de de création de poste afin de disposer d’un levier d’action. Refus. Malgré une politique volontariste de la Région et une forte demande sociale, l’apprentissage du breton stagne, voire diminue en ce qui concerne les lycées.

De plus, dans le contexte actuel marqué par la politique libérale du gouvernement qui consiste à supprimer des milliers de postes dans l’enseignement, la suppression des matières dites secondaires (Arts Plastiques, langues…) est accélérée. Comment sauver la langue quand le niveau demandé est d’une faiblesse telle qu’il est quasiment impossible de tenir une conversation ? La réalité, c’est que le breton ne survit en Bretagne que grâce au travail remarquable des associations et notamment de Diwan, l’école bretonne par immersion.

La France est, rappelons-le, l’un des rares Etats de l’Union à ne pas avoir ratifié la Charte Européenne des langues minoritaires alors que c’est une condition
sine qua non pour les nouveaux adhérents de l’Union ! Ironie de l’Histoire, la mention « La langue de la République est le français » avait été ajoutée pour protéger le français… de l’anglais ! Aujourd’hui, le Conseil Constitutionnel la retourne contre les langues régionales.

A tort ou à raison, l’Etat-Nation est perçu par les dirigeants politiques comme un rempart contre les méfaits de la mondialisation. Ce nationalisme d’Etat est couplé d'une crispation identitaire depuis la signature du traité de Maastricht. L’uniformisation culturelle autour de son identité contraste singulièrement avec l’idéal européen (unis dans la diversité), idéal en perte de vitesse évidente. La Mondialisation a bouleversé le rapport au monde : d’un monde qui croît, on passe à un monde fini, fragile, au village planétaire (d’où l’importance également du combat écologique). Chaque culture doit pouvoir s’exprimer et l’essor d’internet peut y contribuer.

Mais la conception du monde et des Droits de l’Homme française est restée la même : franco-centrée. La France, au sein de l’Union Européenne a toujours joué un rôle ambiguë : père fondateur, mais principal frein au développement des programmes majeurs. Pourquoi avoir refusé la Communauté Européenne de la Défense en 1954 ? Pour vous l’expliquer, laissez-moi vous citer quelques phrases d’anciens chefs d’Etat français :

De Gaulle :
Cette action vise à atteindre des buts qui, parce qu'ils sont français, répondent à l'intérêt des hommes (...)
Pompidou, premier ministre :
La France doit jouer le rôle de l'Europe (et non "un rôle en Europe".)
VGD :
La biologie profonde du peuple français en fait un groupe à part, à jamais distinct des autres peuples et destiné à devenir une élite pour le monde
Mitterrand:
Cet indéfinissable génie qui permet à la France de concevoir et d'exprimer les besoins profonds de l'esprit humain. 

Jacques Chirac, dans la tradition gaulliste a lui aussi exprimé cette vision dans ses discours et il est très probable que M. Sarkozy fasse de même…

Vous l’aurez compris, pour l’UDB, il ne s’agit pas d’opposer les identités, mais de les additionner ! Les régions constituent l’échelon essentiel pour mettre en contact le local et le global. Malheureusement, ici encore, la France impose son veto institutionnel en refusant l’autonomie pour ses régions. Alors que la quasi-totalité des Etats européens sont décentralisés ou dont les régions sont autonomes, la France persiste à croire que le pouvoir doit s’exercer de Paris, d’une voix unique. Cette vision a pour conséquence la déstructuration des territoires bretons, mais également corses, basques, occitans, flamands, alsaciens, catalans… Est-il concevable que les régions administratives ne gèrent que 3% de l’argent public ?

Le centralisme renforce les effets négatifs du libéralisme. L’actualité en Bretagne nous a donné raison à de nombreuses reprises nous qui développons le concept de « vivre et travailler au pays ». En quelques mois, l’Etat s’est attaqué aux services publics et notamment les tribunaux et les hôpitaux ce qui a mobilisé des milliers de personnes dans les rues au premier rang desquels le maire de Carhaix, une petite commune de Bretagne, Christian Troadec, également membre du groupe UDB-Gauche Alternative au Conseil Régional de Bretagne. Une fois n’est pas coutume, le pouvoir central a cédé face à l’ampleur de la mobilisation comme à l’époque de Plogoff où une centrale nucléaire devait s’installer en Bretagne.

La France, du fait de ses lourdeurs administratives, sclérose le développement régional malgré les politiques. La volonté de Michel Rocard de  « décoloniser la Province » se terminera lorsque les régions seront autonomes. Cette conception d’une République efficace ne va bien évidemment pas sans solidarité envers les régions les plus défavorisées. L’Europe des Etats-Nation défendue par la France est périmée.

Vous l’aurez compris, messieurs, mesdames, la France reste campée sur des positions archaïques au regard des autres démocraties européennes. C’est donc par nous-mêmes que nous essayons de faire entendre notre voix en répondant présent à ce genre d’invitations. Au nom de mon parti, au nom de la Bretagne et des peuples de France et d’ailleurs (j’en profite pour remercier également l’Alliance Libre Européenne qui donne aux peuples sans Etat la possibilité de s’exprimer), je vous remercie donc chaleureusement pour votre accueil et votre écoute.



Pour l'Union Démocratique Bretonne
Gael Briand, Budapest, le 18 août 2008

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commentaires

Jonas 30/09/2008 18:13

Histoire de pondérer les diatribe pro Troadec qui à mon sens pour une grande responsabilité sur la situation à Carhaix:
Dans un courrier, le docteur Dominique Lengrand, président de la Commission médicale d’établissement de Carhaix, tape du poing sur la table. Des médecins menacent de faire leur valise.
"...Dans ce texte, il met particulièrement en cause l’attitude du président du conseil d’administration de l’hôpital centre-breton, Christian Troadec..."La suite ici:http://www.letelegramme.com/une/_1479136.php

Chacalito 30/09/2008 19:23


Houlà, le même monsieur que sur le blog des jeunes de l'UDB. Qui veut lui répondre? J'ai déjà usé mon clavier sur le blog des jeunes. Je doute que cela serve à quelque chose: il me parle d'un
homme, je lui parle d'aménagement.


Kerrain François 04/09/2008 22:40

J'ai hésité à répondre. Je m'attendais à rencontre Julien et voilà que je trouve Philippe. Peut-être est-ce la même personne d'ailleurs !J'ai dû fournir un effort inhabituel pour débrouiller le sens de ce galimatias mental. Peut-être est-ce dû au fait que le gaulois constitue votre langue maternelle. A moins que, sous le coup de la colère, vous ne réussissiez plus à vous contenir. Il faut savoir maîtriser ses nerfs, mon cher Monsieur.Je tiens à vous rassurer, je ne suis pas hanté par la théorie du complot. Connaissant la politique de l'Etat, je parle de projet, et je m'appuie sur des déclarations. J'aurais pu tout aussi bien me baser sur des faits : où se font les principales réalisations infrastructurelles en France ? Où se font les princiaux investissements en matière de culture ? Gael Briand nous donne des chiffres précis qui s'accordent parfaitement avec mon analyse. A moins que la théorie du complot concerne mes interrogations relatives aux médecins ? Ce sont des hypothèses. Après tout, pas besoin de recourir à la théorie du complot pour comprendre certaines connivences. L'éviction de l'ex rédacteur de Paris-Match, l'affaire Tapie etc.. ne sont-ils pas assez éclairants : le copinage suffit à rendre compte de certains évènements.Je crois vous avoir déjà rencontré sur mon chemin : vous aviez l'air beaucoup plus calme, plus serein, plus doctoral, plus inquiétant aussi.

Chacalito 05/09/2008 10:29


Ajoutons que le breton emprunte beaucoup de mots au gaulois aussi...

Fin du round.


Philippe 04/09/2008 21:46

"aux volontés malfaisantes de l'appareil d'Etat"... "quel est l'objectif visé par l'Etat (qu'il soit de droite ou de gauche)
par rapport à la Bretagne ? Quel est le rêve qui le hante ?"..."volonté de briser la colonne vertébrale de la Bretagne"... "Que l'on ne se laisse pas berner par les déclarations des 53 médecins hospitaliers du Finistère"Théorie du complot??? En gros la seule réponse valide est celle de Troadec, tous ceux qui émettent une opinion contraire sont des menteurs, des sbires de l'état, etc. bref, aucun argument logique, scientifique (qui sont ces 53 médecins pour parler de médecine et de la qualité des soins?) ne sont recevable puisque le méchant c'est l'état le gentil Troadec. Je crois plutôt que Troadec sait trop bien les dysfonctionnements de cet hôpital et se sert très bien des média pour avoir le beau rôle et masquer le fond du problème. Le fond du problème est comment rationaliser l'accès aux soins de manière à avoir une qualité suffisante. Connaissez vous le prix d'un Pet scan, d'une machine IRM, etc.? Croyez-vous que l'hôtital de Carhaix (et ceux des villes comparables en France) ait les moyens d'entretenir tout type de services à une qualité équivalente à un centre hospitalier comme celui de Nantes? Franchement c'est oublier le facteur principal qui l'humain i.e. le nombre de patients et le personnel de l'hôpital.Je vais prendre une image grossière pour illustrer. Je prends un patient atteint de GIST (un cancer digestif rare), un hôpital parisien (à paris la ville de ces malfaisants français qui exploitent la belle et idyllique bretagne éternelle indépendante de tout temps (moi je croyais que c'était une tentative d'état colonial créé par des gens venus d'outre-manche qui ont imposé leur langue et éradiqué les langues locales, je milite pour la reconnaissance du gaulois et que le breton qui nie mon identité soit bani)), service de cancérologie, et la même chose dans une ville comme Carhaix (en Bretagne magnifique et tellement opprimée par les français qui sont tellement différents de nous qu'il faudrait vraiment que l'on soit autonomes car à Paris ils ne comprennent vraiment rien à la manière dont il faut résoudre les problèmes (bizarre le sondage à l'initiative de Ronan LE COADIC auprès TMO-CSA montre qu'une majorité de bretons souhaite "un renforcement de l'autorité de l'État ")) et bien je fais plus confiance à l'hôpital parisien dans le diagnostic. Pourquoi car le simple fait qu'avec le bassin de population parisien ce service aura forcément été plus en contact avec des patients atteints de ce cancer rare. Etant plus en contact le service parisien aura un personnel qui sera plus à même d'identifier et de traiter (c'est l'expérience).De la même façon, dans la maternité de Carhaix où le nombre de naissance est bas, pas de problème pour la majorité des accouchements, mais le jour où l'accouchement se passe mal, qu'elles sont les chances de survie. Cela ne vous concerne pas? Si votre femme doit accoucher êtes vous près à prendre le risque? Certains oui d'autres non, d'où la fuite de patients constaté dans le rapport des 53 médecins (mais encore une fois qui sont ces gens pour parler de médecine?). L'expérience n'est pas décrêtée par Paris (l'état) où par Troadec. PS: les remarques entre parenthèses sont de l'humour (enfin pas toujours puisque les français sont vraiment des gens génétiquement et culturellement très différent de nous, c'est bien connu, zut mais pourquoi j'ai un nom français et que quand je fais ma généalogie je trouve plein de français partout?)

Chacalito 05/09/2008 10:28


Moi, je dis que ces calculs d'apothicaire sont ridicules. Si l'Etat veut économiser, il n'a qu'à supprimer les départements (qui ne servent structement à rien), se lancer dans la
constitution d'une armée européenne et donner l'autonomie à ses régions. Il fera nettement plus d'économie qu'en fermant une maternité.

Je rappelle également qu'en s'y prenant ainsi, l'Etat se désendette sur le dos des particuliers (car qui payera les déplacements des patients?). Sans compter que d'un point de vue écolo...

Bref, pour contrer le sondage de Coadic, je concluerai en disant que j'aimerai connaître la question du sondage. Pour la majorité des français, il n'y a pas de distinction entre ETAT et services
publics. Je suis favorable à un puissant service public (a-t-il besoin d'être dirigé par Paris?). Je ne suis pas favorable à un Etat centralisé et omniprésent.

L'Etat est là pour les citoyens et non l'inverse.

Gael.


Kerrain François 04/09/2008 20:43

Je pense que Julien a tort de porter un jugement sévère sur Christian Troadec. C'est probablement le meilleur homme politique dont la Bretagne dispose à l'heure actuelle pour faire face aux volontés malfaisantes de l'appareil d'Etat. Il possède deux qualités assez rares chez l'être humain, ce qui en fait un véritable leader : les capacités théoriques et les capacités pratiques, le pouvoir de réflexion alimentée par une connaissance véritable du problème breton et une capacité exceptionnelle de réalisation. C'est une combinaison assez rare en effet : on trouve des penseurs mais impuissants à agir, on trouve aussi des hommes d'action à foison, mais qui agissent d'une façon souvent irréfléchie. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, l'Etat, qui ne manque pas de flair, a vite dépêché quelqu'un pour le contrer et le neutraliser. (je crois que cela s'est passé sous le gouvernement Jospin) et l'on peut dire que le personnage en question ne manque pas de talent et qu'il a fait preuve d'une réelle efficacité.Je pense que notre commentateur ne mesure pas suffisamment les enjeux. Il faut au préalable se poser la question : quel est l'objectif visé par l'Etat (qu'il soit de droite ou de gauche) par rapport à la Bretagne ? Quel est le rêve qui le hante ? Voici la réponse que je propose.Je me réfère à un document officiel qui date de l'avènement du Général de Gaulle au pouvoir, et qui s'intitule "Horizon 85". Avec De Gaulle arrive au pouvoir une tehnocratie résolue à "aménager le territoire" avec efficacité et rationalité. Certains ont sans doute entendu parler de Delouvrier ou plus probablement d'Olivier Guichard. C'étaient des hommes qui raisonnaient en purs hexagonaux : la France est une totalité une : un Etat, un territoire, une langue, et donc les citoyens devraient être capables de se déplacer selon les besoins de l'économie, ce qu'on appelle communément la "mobilité de la main-d'oeuvre". Comme avec la construction de l'Europe, la richesse se trouvait concentrée dans ce qu'on appelle la Lotharingie (maintenant on parle plutôt de la banane bleue) ie entre le Rhône et le Rhin, il fallait tenir compte de cette donnée et se conformer aux exigences de l'Economie. D'où une planification rigoureuse s'avérait nécessaire.Je vous livre quelques extraits de ce document et de ce que ses rédacteurs entendent par l'élaboration d'un Plan :"La répartition des hommes et des activités sur le territoire français devra résulté de choix qui ne peuvent être que déchirants, et qui seront contestés, mais l'absence de choix serait la pire des solutions".Pourquoi un choix ? Parce que la France est trop grande : il est donc nécessaire d'en vider une partie pour concentrer les hommes et les activités sur l'autre : "En dépit du redressement démographique, et d'une immigration qui croîtra..la France demeurera en 1985 une terre pauvre en hommes, 2 à 4 fois moins densément peuplée que ses voisins. Il est donc inévitable qu'à côté de régions où les conditions de vie et de peuplement seront analogues à ce qu'elles sont en Allemagne, en Belgique, en Italie et en GB, il y ait des déserts en France, et le clivage ne pourra que s'accentuer entre ces deux types de zones".Inutile de vous dire que dans l'esprit de nos technocrates, la Bretagne ne faisait pas partie de ces zones privilégiées : "D'ici 1985, l'aménagemnt du territoire consistera principalement dans la répartition des hommes et des activités...Il faut donc organiser des ensembles urbains d'une dimension suffisante pour offrir des facilités de même ordre qu'à Paris dans tous les
domaines..Cela n'est possible que dans les régions où la densité humainest assez forte : Lille-Roubaix-Tourcoing, Lyon Saint Etienne, Nancy-Metz, Marseille et quelques autres régions. Quant à la région de Paris, elle devra être mise à même de remplir le rôle international pour lequel elle est la seule agglomération française bien placée au bénéfice de la collectivité nationale etc et..-Certains diront que nous avons depuis longtemps dépassé l'horizon 85. C'est certain. Et il faut ajouter qu'il y a d'un côté les Plans et de l'autre les hommes avec leur capacité de résistance et de lutte. Cela dit, je reste persuadé -et je pense que c'est une des convictions que je partage avec Christian Troadec - que cet objectif n'est pas abandonné. Ne parle-t-il pas volontiers de "déménagement du territoire " ?J'ajouterai que pour pouvoir réaliser plus aisément leur dessein mirifique, il faut anéantir les cultures originales qui constituent autant de pôles de résistance à l'accomplissement de cette société idéale. Je pense d'ailleurs que sous couvert de défendre les professionnels dits intermittents du spectacle, l'intention principale de Mme Albanel est d'écraser une des dimensions essentielles de la culture bretonne : les bagadoù, les cercles celtiques et tous animateurs de festoù-noz.Une fois qu'on a compris ce qui se trame : volonté de briser la colonne vertébrale de la Bretagne : la vider de sa population active par la suppression des structures vitales, par l'anéantissement de son agriculture, par la destruction de sa langue et maintenant des vecteurs essentiels de sa musique, on ne peut qu'approuver la résistance lucide et tenace du maire de Carhaix. L'enjeu est le OUI à LA VIE" qui doit galvaniser toutes les volontés pour que la Bretagne retrouve son Elan Vital. (vous remarquerez qu'il ya une dimension symbolique dans cette lutte : oui à la chirurgie, non à la maternité)Que l'on ne se laisse pas berner par les déclarations des 53 médecins hospitaliers du Finistère. Qui sont-ils ? quel jeu jouent-ils ? A quel réseau appartiennent-ils ? L'Etat-Panurge a beaucoup de tours dans son sac. Pour arriver à ses fins, il est capable de toutes les machinations et de toutes les ruses. La vigilance reste donc de rigueur.Voilà ce que je voulais dire à Julien.

Chacalito 05/09/2008 10:23


Christian Troadec est très talentueux et il est clair que son charisme est utile aux idées que nous défendons. Il popularise des idées anciennes qui, dans sa bouche, touchent.

Cela dit, son côté Messie est parfois ennuyeux et contraste avec le projet de société qu'il entend mener (seul?).

Bref, ce n'est qu'un homme! ;-)

Gael.


kevin 04/09/2008 19:33

quelques réflexions sur le coté purement historique en réponse à pascal:""C'est assez intéressant de voir que certains pensent encore que la bretagne était "indépendante" avant 1532. Que je sache, les ducs faisaient hommage au roi de france or l'hommage signifie bien que le fief pour lequel on le fait est propriété du seigneur à qui l'on fait hommage.""les ducs faisaient hommage quand ils avaient le temps, qu'ils étaient de bonne humeur, ou à l'inverse qu'il étaient complètement coincé. pendant de longues périodes il y a eu indépendance de fait sinon de droit. il aurait idéalement fallu ajouter "de fait"  dans l'exposé, certes, mais je ne pense pas que ca remette en cause la validité globale de la présentation :)""" Il est aussi interessant de voir que si la flotte bretonne fut effectivement importante, il est masqué que cet essort fut le fait d'initiatives le plus souvent externe à la bretagne (voir cela dans l'histoire de la bretagne de J. Cornette). """Pour ma part, ayant fait un cursus en historie à rennes 2, j'ai eu des profs sur ce sujet précis (développement économique breton au MA) a priori tout aussi respectables que M. Cornette, et je n'ai jamais entendu cette théorie. je ne dit pas que Cornette se trompe, mais qu'il ne faut pas prendre pour évangile ce qui est le voix d'une école historique aussi contestable qu'une autre.pour ce que j'en sais, la mariine bretonne du XVème est par mis els plus nombreuse d'europe (voir la plus nombreuse) à cause d'un certain modèle économique: celui du paysan/roulier des mers, qui fait du commerce à la saison pour arrondir les fins de mois. le problème c'est que évidemment il n'y a aucune accumulation de capital et qu'aucun gros projet ne peut se mettre en place. et quand il commence a y avoir de plus gros navires, au XVIIème, ca contribue à couler la flotte bretonne.bref il y a anachronisme dans votre analyse, cher baron. le problème que vous posez, c'est pour le XVIIème, pas le XVème."""Enfin, la bretagne à largement gagnée en se débarassant des Monfort dont la pression fiscale a été croissante et a bridé le commerce (voir même ref qu'au dessus). """à court terme certainement, puisque pour résister aux rpessions françaises, les montfort ont du mener une course à l'armement et à la modernisation de 'état et lever de gros impots; à moyen terme par contre ca s'inverse complètement puisque la vision française conduit à privilégier par exemple les toiles picardes (? du NO de Paris en tout cas), ce qui abouti par le jeu de drotis de taxes de fous successifs a détruire tous els débouchés des toiles bretonnes; on appelle ca une victime collatérale. donc très mauvais plan à long terme;passons au politique:"""Quant à la nation bretonne, si l'on définit la nation par l'histoire et la culture, elle est limitée à la basse-bretagne, non?""complètement d'accord avec cette remarque. pour ma part je me définit comme nationaliste (ce qui n'est pas le cas sauf erreur de ma part du chacal, je précise pour éviter tout amalgame qui le chagrinerait ;) ). et pour moi la nation bretonne doit se baser non pas sur une culture commune fictive (la bretagnee st biculturelle dès l'origine) mais sur un projet d'avenir et une volonté de vivre ensemble; un nationalisme civique si vous voulez."""Enfin, les langues naissent, vivent et meurent. Pourquoi sauver le breton, quel intérêt et en premier lieu qui veut parler en breton? Est-ce qu'à budapest vous parliez en breton ou en anglais?"""vous apportez vous même la réposne avec l'histoire de votre soeur; le choix n'est pas entre breton et anglais. il est entre faire de vos enfants des monolingues francophones victimes du repli identitaire ou en faire des multilingues ouverts sur le monde. une eptite anecdote: je suis aprti en erasmus en finlande: je n'ai rencotnré que 2 francophones capables de parler correctement anglais en tout et pour tout: la première était d'origine arabe et trilingue. le second a appris le breton avant le francais, et l'anglais à diwan. trilingue breton francais anglais ou monolingues? a vous de choisir!

Chacalito 05/09/2008 10:21


Kevin,

J'apprécie tes analyses, mais j'aimerai que tu lises AUSSI mes réponses pour éviter de répéter 20 fois les mêmes âneries à mon propos (ou alors est-ce de la provo).

Tu dis pour la... 5ème fois au moins que je ne suis pas nationaliste (avec à chaque fois, un "sauf erreur de ma part"). Après tout, je m'en fous et je ne sais pas bien où tu veux en venir... mais
pour la 5ème fois, si! JE SUIS NATIONALISTE. Mais pas au sens où tu l'entends. Tu prônes un nationalisme homogène (et ton accord sur la Basse-BZH le prouve) quand je prône un nationalisme pluriel
(pour moi, gallo et breton peuvent cohabiter sans problème). Ou alors fais-tu, toi aussi l'amalgame entre nationaliste et indépendantiste? Mais tu vas peut-être me répondre que l'indépendance ne
veut rien dire...

Il n'y a pas meilleur sourd que celui qui ne veut pas entendre!

Pour éviter de répéter la même chose 20 000 fois, j'ai créé une rubrique FAQ sur la Bretagne dans les pages en haut à gauche.

Biz'