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Klask

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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 02:30
Voici une réflexion rapide qui fait suite à un débat assez enflammé que j'ai eu sur internet il y a peu. Pour résumer, un capitaliste assumé m'affirmait que je ne pouvais pas comprendre la galère puisque je ne l'avais pas connu (je précise que le type en question ne me connaît ni d'Eve ni d'Adam). Lui le pouvait puisque ses parents étaient respectivement "marin-pêcheur et serveuse".

Outre la stupidité d'une telle association d'idées, je me pose donc aujourd'hui cette question: doit-on être pauvre pour parler de la pauvreté?

La question mérite d'être posée car, après tout, les révolutions ont été principalement menées par des bourgeois. De la révolution française en passant par la révolution cubaine (Fidel Castro était avocat et le Che médecin) ou la révolution russe... Il n'y a guère que les révoltes des paysans sans terre  actuelle qui constituent des exceptions bien qu'encore une fois, ce sont des intellectuels qui mènent la danse. On me rétorquera que tous les intellectuels ne sont pas riches! Vrai.

Pour ma part, je pense que la perception d'un problème ne dépend pas de son origine sociale. On peut tout à fait comprendre que le capitalisme détruit tant les cultures que les individus, détruit la planète et fabrique un monde injuste sans pour autant crever la dalle. Ceux qui prétendent le contraire se complaisent surement dans une vision malsaine où il existe de "pauvres" gens. Raisonner ainsi donne-t-il au "pauvre" le statut d'être humain ou le conditionne-t-il dans une étiquette? La valeur d'un individu se détermine-t-elle à son porte-monnaie? (pauvre = bien, riche = mal ? Inversement?). N'est-ce pas aussi tirer vers le bas de penser ainsi puisque l'objectif n'est pas "pauvreté pour tous", mais bien "répartition des richesses équitable"?

Une fois cette remarque faite, on peut effectivement se poser la question des "observatoires" gouvernementaux, chargés d'étudier la situation à un moment T, mais incapable de résoudre le problème. Je me souviens d'ailleurs que cette réflexion sur les observatoires faisait l'objet d'un de mes premiers articles de blog, en mars 2007 (voir ici).

Alors oui, je suis anticapitaliste. Ni communiste, ni marginal, je vis dans la société le plus possible en accord avec mes idées et en espérant qu'elle puisse changer. J'ai fait de multiples petits boulots tout en sachant que je n'étais pas pauvre et même relativement privilégié. Je milite pour une économie au service de l'Homme, pour un système économique où le travail prime sur le capital, où l'argent n'est pas une fin en soi... sans pour autant faire croire à mes interlocuteurs que je suis pauvre! Car c'est cela le non-respect: se faire passer pour ce que l'on est pas.

Illustration: Tignous.

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commentaires

yvonne 02/08/2009 10:52

bonjour Jakez. j'aime beaucoup cette phrase de Boris Vian que je ne connaissais pas. Mais je ne suis pas d'accord avec vous concernant le fait qu'il faille partager la misère des gens pour les comprendre. Il y a des sociologues qui, il me semble, analysent très bien la situation sans "jouer au pauvre". Parce que, même en faisant très bien semblant d'être pauvre, la différence - ENORME- c'est qu'on peut, et qu'on sait, qu'on peut s'en retirer dès qu'on en a marre, qu'on a assez joué - en croyant avoir tout compris. On en revient à ces 2 lignes de la chanson, que je ne connais pas non plus, cités plus h aut ! Pour avoir été "pauvre" (économique), je ne voudrais pas y retourner, je vous jure ; et c'est un peu vexant-dégradant-comment dire ?) de penser que des gens qui n'y sont pas viennent faire semblant !! comme si nous (eux), on jouait !! aucun pauvre n'a envie ni n'est fier d'être pauvre

Jakez CASTREC 02/08/2009 02:19




Cher Gaël, tu abordes là un sujet inépuisable.
Avant de savoir que j'allais passer 30 ans dans l'action sociale, cette réflexion de JS Partre (sacré Boris) m'avait beaucoup marquée, tant elle préfigurait une forme d'humanisme à échelle mondiale:
« Il y a deux espèces de pauvres, ceux qui sont pauvres ensemble et ceux qui le sont tout seuls. Les premiers sont les vrais, les autres sont des riches qui n'ont pas eu de chance. » In. Le diable et le bon Dieu.
Bon.
Mais les « pauvres » de notre société, je suis persuadé qu'il faut réellement être en immersion avec eux pour comprendre leur vécu. Plusieurs journalistes s'y sont essayé avec plus ou moins de bonheur; mais ils seront toujours supérieurs à certains intellos de gôche de mes fesses qui font des tartines sur les inégalités sociales. Ceux-là je ne leur donne pas trois jours pour retourner dans leur quiétude bourgeoise s'ils ont un jour le courage de partager la galère des pauvres de richesse matérielle.(1)
Donc, à ta question-titre, je réponds "Non, pourquoi?"
Jakez
(1) Voir sur le sujet les films "Séraphine", "L'élégance du hérisson" et "Joueuse".

yvonne 01/08/2009 09:24

tu abordes là "l'angle mort" dans ta question ! parle-t-on des riches au sens capitalistique (que l'argent) ou de la richesse intérieure que chacun définit selon ses propres critères ? c'est pour cela que des "pauvres" au sens économique ne se sentent pas du tout pauvres.(et peut-être inversement ?!)

yvonne 31/07/2009 14:06

hihi ! en effet, la définition du pauvre .. avec deux parents qui travaillent, c'est déjà des riches quand on a un père ouvrier à l'usine et une mère avec 8 "lardons" à la maison... c'est marrant. eux ne se sont jamais considérés comme pauvres, pourtant ! c'est vrai aussi que les révolutions sont faites "pour" les bourgeois - "par" les pauvres" qui sont souvent manipulés, et qui finissent parfois en dindons de la farce, hélas.répartition équitable : tout le monde est pour - enfin ! surtout les pauvres et les humanistes. Il faudrait juste convaincre les riches :-(

Chacalito 31/07/2009 18:15


Oui, disons que si un footballeur qui gagne 20000€ par mois me fait la morale, je lui rétorquerai sans doute que le partage peut commencer par son salaire. D'où ma position sur le salaire maximum.
Mais enfin, est-on riche quand on vit convenablement (sans luxe)?

Gael.


clochette 31/07/2009 13:46

et là de citer une chanson que tu connais bien : "petit rasta""Faut pas jouer au pauvre quand on a d’la monnaie, Simple question de décence, de respect"

Chacalito 31/07/2009 18:13


Je n'y avais pas pensé! Oui... Erwan Roux est un génie!