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Klask

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 12:58

ToleranceAu cours d'une récente discussion, j'ai été frappé de voir à quel point une idée pouvait être ancrée profondément dans la tête d'une personne et surtout à quel point on pouvait prêter le flanc au racisme sans le savoir (et sans l'être d'ailleurs).  D'ailleurs, je crois que l'utilisation du terme "racisme" est erronée car la plupart des gens que l'on dit racistes considèrent les "étrangers" comme des êtres humains (de la même "espèce") et devraient plutôt être qualifiés de xénophobes (haine de l'étranger).

 

Tout est parti d'une banale discussion sur l'identité où mon interlocutrice me disait que si (ce fameux "si") tous les gens se disaient humain avant d'être de quelque part, on aurait moins de problème à s'entendre. Ce à quoi je lui ai rétorqué qu'en disant cela, elle m'excluait de la communauté humaine sous prétexte que je me prétendais breton. Bref, j'ai creusé pour essayer d'affûter mes arguments face à l'incompréhension de notre combat pour la reconnaissance.

 

Selon elle, en nommant un être par une identité, je lui ôte le droit d'être mon semblable. En gros, je vois en lui l'autre, le différent. Car oui, je revendique le droit de dire d'un noir qu'il est noir et de dire qu'une personne est juive ou catholique sans le résumer à cela, sans que cela doive être pris pour une insulte. En quoi l'est-ce? Je déteste les périphrases du genre "black"... pourquoi pas "negro" dans ce cas? Cela n'est rien d'autre que "noir" dans une autre langue! Tout ces gens qui ont peur de nommer un chat, qui se cachent, qui confondent un mot comme "musulman" avec "terrorisme". Quel piètre aveu de faiblesse! 

 

Bref, pour moi, l'intérêt de l'altérité, c'est justement la différence, pas la ressemblance. Je cherche chez l'autre ce qui n'est pas moi et qui m'intéresse car il m'élève. Le faisant, lui enlève-je pour autant de la valeur? Le considère-je comme inférieur à moi? Je ne le crois pas. Au contraire. L'inverse par contre relève à mon avis de l'hypocrisie intellectuelle, de ce que d'aucuns nomment les biens pensants. Ceux qui tolèrent.

 

J'ai toujours détesté ce mot et je ne comprenais pas pourquoi. Jusqu'à ce que j'en trouve une définition. Vient du latin tolerare, supporter. Et oui, dans le mot "tolérance", il y a une notion sous-entendue d'incompréhension. L'acceptation n'empêche nullement le mépris. C'est la capacité à accepter ce qu'on désapprouve. Exemple: je tolère les fumeurs. Je n'aime pas ça, mais j'accepte de les fréquenter même si la fumée me gêne et que je trouve que mes vêtements puent. J'accepte car je souhaite partager avec eux, mais je ne respecte pas pour autant leur choix.

 

Si j'essaye de voir en l'autre ce qui nous rassemble, ce qui est moi et seulement ça, alors je cherche à cotoyer des gens comme moi. Que mon interlocuteur soit un être humain, c'est d'une telle évidence (quelle que soit sa couleur de peau ou sa nationalité) que je n'ai pas besoin d'en faire une priorité. Je ne parle malheureusement pas aux arbres (ou plutôt ils ne me répondent pas). Quant aux animaux, nos codes sont différents! Donc, je comprends et me fais comprendre par un humain et qu'il le soit ne veut pas dire que je le respecte, que je respecte ce qu'il est.

 

respect-copie-1.jpg

Pour moi, en matière d'identité, je trouve autrement plus fort le terme de respect. Le respect, c'est l'estime de soi ou de l'autre. C'est un lien qui, justement, accepte l'autre pour ce qu'il est (dans toute sa multiplicité). On ne dira jamais assez que le "OU" est tyrannique. Ceux qui disent qu'on ne peut être breton et noir, ceux qui disent qu'on ne peut être breton et français, ceux qui disent qu'on ne peut être QUE français (on parle d'abolir la double nationalité en France, c'est d'actualité donc!), ceux qui disent qu'on est d'abord de quelque chose (musulman ou juif ou...). Je me fous du "d'abord". Je me définis en fonction de l'instant, de ce que j'ai envie d'être au moment T avec la personne qui est en face de moi. Et ce n'est pas parce que je me dis breton que je ne respecte pas mon interlocuteur qui ne l'est pas!

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commentaires

Marc 29/06/2011 15:05



Nous ne sommes donc pas d'accord sur le fait qu'on ne naît pas noir ou blanc. Mais ce n'est pas grave, l'important étant de pouvoir exposer son point de vue. Merci d'ailleurs d'ouvrir ton blog à
tout type de commentaire. Je te recommande la lecture de La condition noire de Pap Ndiaye.



Chacalito 29/06/2011 15:10



Cool, un conseil de lecture. Si je trouve un peu de temps, j'irai voir.



Marc 27/06/2011 10:43



"Je revendique le droit de dire d'un noir qu'il est noir". Attention à ne pas essencialiser la couleur de peau. Une personne n'est noire que si on dit de lui qu'il l'est. Si tu dis d'un homme
qu'il est noir, alors il l'est selon toi. Mais cette même personne peut tout à fait ne pas se reconnaître comme noire. La couleur de peau n'est pas un fait mais une construction sociale,
exactement comme la race. Par ailleurs, on ne peut pas non plus à mon sens refuser à quelqu'un le droit de se reconnaître comme noir, de ressentir les points communs partagés par tous les hommes
qui se définissent comme noirs ou qui sont reconnus comme noirs par la société. Dans notre cas, on n'est pas non plus bretons par essence. On ne l'est que parce qu'on le dit et qu'on se reconnaît
des points communs. Par conséquent, je revendique le droit de considérer avec respect les éléments d'identité proclamés par mon interlocuteur, et de le nommer noir s'il le désire, blanc s'il le
désire, sans couleur de peau s'il préfère.



Chacalito 27/06/2011 19:41



Je ne suis pas d'accord avec ça. On nait homme ou femme, blanc ou noir. Cela ne préjuge pas de la nationalité que l'on souhaite adopter, de l'attitude vis-à-vis du monde que l'on veut avoir. Mais
un noir est noir. Même s'il le refuse, il ne sera jamais blanc. L'inverse est vraie. Je pense que s'accepter soi-même est une priorité du bien-être. La construction sociale, c'est de dire qu'un
noir n'est pas français. Un noir est ce qu'il veut. Après, noir, blanc, c'est relatif! Et c'est surtout (là nous sommes d'accord) un homme avant tout.



Jef 09/06/2011 16:00



Concernant le racisme :


On parle bien d'espèce humaine et non de race humaine.


Par contre les races sont bien une réalité... dans les espèces domestiques. Les bergers allemands et les caniches, les postiers bretons et les purs sang arabes sont des races. C'est quelque chose
de purement artificiel et totalement voulu par l'homme.


Et pour les humains, c'est pareil. A partir du moment où on refuse que deux personnes soient ensemble, du fait de leur couleur de peau, de leur religion ou de leur origine, on fait du racisme.


Et le contraire du racisme, c'est le métissage. Vive le métissage !!!



Jef 09/06/2011 12:21



Et je me permettrais de rajouter que le respect ne peut fonctionner que s'il est réciproque.



Lucie 08/06/2011 09:43



Je ne sais pas ce que t'a exactement dit la personne avec qui tu discutais, mais ça n'est pas parce que tu te dis Breton que tu ne te dis pas d'abord humain, il me semble ! C'est implicite, non ?


 


En ce qui concerne la définition du racisme... être humain n'est pas une race, mais une espèce. L'erreur est fréquemment commise, et je crois qu'elle vient de traductions bâclées



Chacalito 09/06/2011 18:00



Tu as parfaitement raison et j'aurais utilisé un autre terme si j'avais pris plus de temps pour écrire l'article. J'ai modifié du coup...