Par Chacalito
Dimanche 24 mai 2009
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15:35
Extrait du film "les raisins de la
colère" de John Ford avec Henry Fonda
La famille Joad transporte l'ensemble de ses biens dans un camion.
Avec le recul, je pense que c'est la littérature qui m'a ouvert les yeux sur le monde dans lequel nous vivions. Lire "Germinal" de Zola, c'est d'abord faire un cours d'Histoire et
comprendre le système économique capitaliste. Car si le marché existe depuis que le monde est monde, le capitalisme moderne est né sous la révolution industrielle. L'histoire ouvrière et les
chroniqueurs de l'époque nous en apprennent donc autant que l'observation de la société actuelle puisque le système a été poussé, mais reste le même.
Je crois que mes deux plus grosses claques littéraires restent tout de même "Les raisins de la colère" de John Steinbeck (voir ici), roman décrivant l'exode d'une famille vers la Californie et "Le seigneur des porcheries" de Tristan Egolf
(voir ici). Tout deux américain, tout deux systémiques, ils ont su raconter une histoire plus vraie que nature. C'est
ainsi que je conçois un bon auteur: quelqu'un qui est capable, par une histoire, d'expliquer une thématique de la société contemporaine dans un territoire donné.
A travers l'Art, c'est cette critique sociale, cette réflexion sur notre époque qui m'a toujours passionné. C'est d'ailleurs la raison de mon goût pour la Science-fiction qui, loin d'être de la
sous-littérature, est en réalité une littérature de réflexion. Les premiers anti-nucléaire ne sont-ils pas les auteurs de SF? Certains d'entre eux n'avaient-ils pas anticipé Hiroshima? Lire
"Jack Barron ou l'éternité" de Norman Spinrad, c'est comprendre le pouvoir des médias et lire "Demain, les chiens" de Clifford D. Simak, c'est se poser des questions sur
l'Humanité. On pourrait également parler du film "Brazil" de Terry Gilliam sans doute aussi percutant qu'un Kafka.
De tels artistes existent toujours. L'excellent "Full Monty" par exemple n'est-il pas une critique acerbe du chômage et une vision plus réaliste de la vie dans le Nord de l'Angleterre
que celles que les séries américaines de Berverly Hills véhiculent sur la vie aux Etats-Unis? Comment mieux comprendre la ségrégation que par l'ouvrage d'Harper Lee, "Ne tirez pas sur
l'oiseau moqueur" (voir ici)?
Notre société a trop tendance à écarter ce qui est "moche" (subjectif) dans l'art. La télévision est particulièrement douée pour cela: entre les reportages d'Ushuaïa magnifiques ou les téléfilms
où tout est propre, on a parfois l'impression de ne pas vivre dans le même monde. La critique vaut pour nous qui, lorsque nous prenons des photos, faisons en sorte de pousser la poubelle qui
gâche la vue!
Par Chacalito
Lundi 6 avril 2009
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10:44
Garp n'aimerait sans doute pas ce
que je m'apprête à dire, mais j'ai toujours aimé lire l'oeuvre d'un auteur pour en savoir plus sur lui, l'homme ou la femme qui est derrière. Quelle est sa vision du monde? Au contraire, selon
Garp, il faut juger l'oeuvre, pas l'auteur ce que je m'efforce de faire tout de même.
Les livres de John Irving m'ont toujours intrigué, si nombreux sur les étagères des librairies d'occasion (je me fournis généralement chez "Histoire d'en Lire" à Lorient).
Irving a des marottes: l'Autriche, le New Hampshire, les ours... les titres de ses oeuvres sont souvent bien trouvés ou en tout cas bien traduits.
J'en ai même acheté un rien que pour le titre ("l'épopée du buveur d'eau") bien qu'il ne m'ait pas laissé une grande impression.
Le monde selon Garp est... bizarre! Franchement étrange et pourtant très familier. Il faut dire qu'histoire oscille entre absurde, tragique et comique! Roman très drôle, il vire soudain à la
catastrophe. Roman semi-autobiographique, c'est sans doute la clef de son succès: il est plus vrai que nature!
Le début laisse le lecteur un peu décontenancé: Jenny, la mère de Garp rêve d'avoir un enfant, mais déteste le sexe et refuse de s'encombrer d'un homme. Infirmière,
elle profite donc d'un soldat en phase terminale pour se faire mettre enceinte! Garp ne saura qu'en lisant le livre de sa mère, bien des années plus tard, la vérité sur son histoire... comme des
millions d'autres personnes voyant en Jenny (sa mère) une féministe assumée. Si l'on peut penser que Garp (qui n'a pas de prénom autre que les initiales S.T) va souffrir de cette situation, il
n'en ait rien: Garp est "normal" même si son angoisse du monde frôle le pathologique dans son quotidien (il course les chauffards dès qu'il entend des pneus crisser devant chez lui par
exemple).
La maîtrise du style n'est sans doute pas pour rien dans le fait que j'ai pris du plaisir à lire ce livre. D'un bout à l'autre du roman, on perçoit l'angoisse
profonde que ressent Garp en pensant au monde: un monde dangereux où les siens risquent le pire! Et Garp a beau être le meilleure père au monde, il n'évite pas la catastrophe comme s'il attirait
ce qu'il redoutait. "Le crapaud" comme l'appellent Garp et sa femme surgit n'importe quand, n'importe où alors que le héros ne rêve que d'un monde sûr. C'est de son état d'esprit dont
dépend aussi sa prose puisque Garp, tout comme sa mère, est écrivain.
Bref, une description aussi décousue de vous donnera peut-être pas autant d'envie de lire le livre que cela, mais je peux vous dire simplement qu'en tant que
bibliophage, je le classerai dans les bons!
Par Chacalito
Vendredi 20 février 2009
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2009
12:33
Le pigeon de Patrick Süskind est un
OVNI littéraire. Un homme sans histoire, accroché à son quotidien rassurant, bascule le jour où il découvre, sur son pallier... un pigeon! Tout son monde s'écroule car le pauvre homme, allez
savoir pourquoi, craint cette "bête atroce".
Je me permettrai de citer un passage pour vous confirmer le bizarre de cette novella (plus que roman):
Il était posé devant sa porte, à moins de vingt centimètres du seuil, dans la lumière blafarde du petit matin qui filtrait par la fenêtre. Il avait ses pattes rouges et crochues plantées sur
le carrelage sang de boeuf du couloir, et son plumage lisse était d'un gris de plomb: le pigeon.
Paranoïa d'un homme solitaire, angoisse insensée suite à un élément déclencheur grotesque, cette fable poussée à l'extrême pourrait être celle de chacun de nous qui avons une peur intérieure. Qui
ne s'est jamais projeté dans un futur hypothétique? Qui, suite à un évènement, n'a jamais bâti de scénario improbables en espérant toucher en pensée l'avenir réel?
Ce livre est très court, mais pas forcément très fluide à lire pour la simple et bonne raison que Süskind est un styliste et que ses descriptions sont au service de l'atmosphère qu'il veut donner
au livre. Le pigeon est simplement l'élément qui fait basculer une vie, mais son rôle s'arrête là! Au contraire, les délires mentaux de Jonathan Noël sont précis car ce sont eux qui l'entraînent
jusqu'à un point ultime (vers la fin du livre) où il prononce une phrase avant de se coucher. On notera d'ailleurs le fait que c'est une des seules paroles du livre et il se la dit à
lui-même.
En langage moderne, outre le fait qu'il n'ait pas la tête du héros idéal (est-ce la marque de fabrique de Süskind?), on dirait de ce protagoniste qu'il "se fait des films"!