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Klask

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 18:25

alain-damasio-zone-du-dehors

 

Il y a quelques temps, je vous faisais part d'une de mes découvertes littéraires, la Horde du Contrevent, écrit par Alain Damasio. Je suis assez fidèle dans mes lectures et j'ai donc décidé d'attaquer un autre de ses romans: la Zone du Dehors. Et bien, je ne suis pas déçu et j'irai même plus loin... Damasio est un vrai grand auteur.

 

Roman d'anticipation anarchiste, la Zone du Dehors traite d'un sujet on ne peut plus contemporain à savoir la société de contrôle. Dans une démocratie "parfaite" du futur (2084), sur un satellite de Saturne, Captp et ses amis sont des "voltés" autrement dit des partisans de la Volte, un mouvement d'émancipation qui lutte contre la gestion du quotidien. Le leitmotiv du livre: "Souriez, vous êtes gérés". Si on s'extrait du lieu, l'histoire est effrayante de réalisme!

 

Ce livre est d'abord une réelle critique sociale et particulièrement une critique envers la gauche gestionnaire qui oublie ce qu'est la Politique. Laisser faire le marché, s'adapter à la compétitivité, c'est aussi un choix, mais on ne voit pas bien en quoi il est politique! Dans le roman, les citoyens sont invités à noter leurs voisins, mais aussi les ministres qui, selon les résultats, montent ou descendent dans un classement d'environ 7 millions de cerclonniens. Un système qui paraît juste puisque tout le monde juge tout le monde. Une vraie belle société verticale qui s'oppose au mouvement horizontal des Voltés débordant d'imagination pour renverser Big Brother.

 

D'un côté les citoyens, sorte de mort vivants satisfaits de leur existence, de l'autre des créatifs qui souhaitent être libres et vivre la vie en prenant des risques. Un thème classique de la philosophie entre Raison et Passion, mais excellement bien traité par Alain Damasio.

 

Pour essayer de donner envie, j'ai choisi deux extraits:

 

Le premier est une conversation entre A, le Président, et Capt, le héros:

 

- Le cube? Savez-vous pourquoi il est le seul bâtiment non transparent de Cerclon? Pour qu'on ne voie pas qu'il est vide. Les politiciens n'ont plus qu'un rôle véritablement sérieux à tenir aujourd'hui: masquer qu'ils sont inutiles, que la politique est morte parce qu'elle n'est plus le lieu du pouvoir. Et ne croyez pas que ce soit un rôle facile à tenir. C'est un vrai métier, éprouvant, exigeant, que de paraître maîtriser des processus qui nous échappent presque complètement. D'aucuns s'attristent de voir les fonctions politiques accaparés par les comédiens. Nous devrions au contraire nous en réjouir: c'est une chance de pérennité pour le métier, une clause de survie. Non, le cube nous cache, monsieur Capt, les vrais pouvoirs sont ailleurs.

- Où donc?

- Pourquoi vouliez-vous détruire la tour de télévision?

- Répondez à ma question.

- Pourquoi vouliez-vous détruire cette tour?

- Le drapeau noir. [...]

 

Le second est une sorte d'interrogatoire public du héros:

 

- Monsieur Captp, nous vous voyons sourire aux revendications de vos frères radieux? Vous ne vous sentez pas solidaire de leurs requêtes?

- N'appelez pas "frères" des gens qui sont pour moi des chiens!

- Ce sont pourtant, comme vous, des révoltés...

- Des révoltés comme vous dites. Pas des Voltés! Je vais vous raconter l'histoire de ces gens. Je la connais bien parce que ça fait trente et un ans que je me bats pour ne pas la confondre avec la mienne.

 

Ils passent leur vie dans un chenil de plein air dont on ne sait plus très bien qui le subventionne ni qui le dirige, mais dont on voit assez bien qui en tire profit. Des hommes à fonction, des fonctionnaires si vous voulez, viennent leur apporter chaque jour deux kilos de pâtée. Parfois, ils ne viennent pas. Soit qu'il manque de pâtée en ce moment (c'est ponctuel, c'est l'usine qui "dysfonctionne", puis ça devient du ponctuel qui dure, puis cent ans plus tard on se rend compte que c'était du structurel fait exprès - passons...), soit qu'ils mangent eux-mêmes la pâtée qu'il manque.

 

Il est très possible que 200 grammes suffisent par jour ; il est très probable qu'un chien sauvage n'ait pas besoin de niche. Mais les chiens ont pris l'habitude du toit et des deux kilos. Alors, ils exigent deux kilos. Ils aboient que c'est leur droit. Personne ne dira le contraire... Mais ils auraient vécu avec un kilo, ils diraient qu'un kilo, c'est le droit. Ils jappent que c'est inscrit dans la déclaration des Droits du Chien, qu'ils n'ont naturellement ni écrite, ni forgée. Les fonctionnaires ergotent, mégotent, négocient: allez! Un kilo quatre! Les chiens ne sont pas du tout contents, mais il y en a toujours suffisamment qui admettent qu'un kilo quatre, c'est toujours mieux qu'un kilo. On passe le balai dans les niches. C'est fait. [...]

 

 

Black_flag.pngLoin d'être pour la destruction de la société, le livre de Damasio aborde également des questionnements sur l'après chute du système, sans concession d'ailleurs tant il est clair que l'anarchisme est un idéal impossible à atteindre (ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas tenter de la faire). On sent que l'auteur est allé plus loin que de vagues slogans et certaines cités "idéales" en prennent pour leur grade! De même, l'auteur est conscient qu'une société anar, si on ne réfléchit pas à un système de solidarité, laisse de côté les plus fragiles.

 

Alain Damasio prouve une nouvelle fois (car c'était le cas dans la Horde du Contrevent) qu'il est un bâtisseur de mondes (de l'imaginaire) et c'est ce qu'on demande à un auteur de SF... nous transporter!

 

Ce livre m'a fait réfléchir, m'a fait rêver, m'a donné aussi de nombreuses idées. Vous trouverez cela sans doute paradoxal de ma part, moi qui milite dans un parti politique, un parti politique qui, de surcroît, essaye tant bien que mal de construire, de composer (et donc d'une certaine façon qui se renie). Et pourtant, rien de tel que les lectures anar pour alimenter sa réflexion. Selon moi en effet, l'autonomie est le premier pas vers l'autogestion. Et tout le paradoxe consiste à dire que pour que l'individu soit libre, il faut que les individualités soient solidaires et fassent un travail collectif!

 

Redonner sa place au Politique, c'est redonner du sens à la fonction de "politique". Cela suppose bien sûr que le pouvoir soit partagé, que chacun l'exerce à tour de rôle ou simultanément, que l'on assume de faire des choix, que l'on ne fasse pas croire au peuple qu'il prend des décisions sous prétexte qu'il participe à des grands messes où tout est prévu d'avance. "Faisons-leur croire que ça vient d'eux". Avis aux militants PS, j'ai pensé à vous en lisant ce livre...

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 17:25

Karoo.jpg

 

 

Offert par ma meilleure amie (lire aussi Les frères Sister de Patrick DeWitt), Karoo a trôné quelques mois dans ma bibliothèque avant que je me décide à l'entamer... et il m'a fallu quelques mois pour le lire! Dit ainsi, vous pourriez penser qu'il ne m'a pas plu. Ce serait une mauvaise analyse. En réalité, Karoo est un vrai bijou. Dans la forme pour commencer car l'édition (Monsieur Toussaint Louverture) est magnifique et extrêmement agréable à lire. Un bel objet en somme. Mais aussi dans le fond tant le style de Steve Tesich est puissant. Les phrases sont simples, tout est bien expliqué, mais on sent une maîtrise totale de l'écriture, particulièrement dans la dernière partie. Tout se déroule selon un plan minutieusement pensé. 

 

Alors pourquoi avoir mis autant de temps (disons 2 mois) à le lire? Sans doute parce que Karoo est un livre qui interroge sur la Vérité. Or, la Vérité est un idéal qui m'a toujours tenu à coeur. Comment vous expliquez... ce livre a touché en moi un truc et m'a profondément gêné. Il faut dire que le sous-titre de l'oeuvre (tenez-vous bien) est le suivant: "la vérité, me semble-t-il, une fois encore, a perdu le pouvoir, du moins le pouvoir qu'elle avait, de décrire la condition humaine. Maintenant, ce sont les mensonges que nous racontons qui, seuls, peuvent révéler qui nous sommes". Lecture faite, je sais pertinemment que ma gêne était recherchée par l'auteur. Mission réussie.

 

Le personnage principal, Saul Karoo, est un "script doctor", autrement dit un scénariste pour le cinéma. Il taille dans les films, remodèle pour transformer des oeuvres d'art en standards cinématographiques. Et dans ce métier, Saul est considéré comme un "génie". Terriblement cynique, Saul est l'image archétypale de l'anti-héros. Gros, fumeur invétéré, menteur (surtout à lui-même), alcoolique mais affublé d'une maladie étrange qui le rend incapable d'être saoûl pour de vrai (ce qui ne l'empêche pas de jouer un rôle, le rôle qu'il croit que la société veut de lui). Karoo est aussi le père d'un fils adoptif, Billy, qu'il aime, mais à qui il est incapable d'avouer le moindre sentiment. Jusqu'à ce qu'il rencontre, par hasard en visionnant un film sur lequel il doit travailler, la véritable mère de Billy. Dans sa tête s'enclenche alors un véritable scénario dont le but final semble-t-être la rédemption: faire se retrouver le fils et la mère biologique. 

 

Saul Karoo est le narrateur de sa propre histoire durant les deux tiers du livre ce qui rend encore plus crue le déroulé car on sait pertinemment que ce héros est conscient de ce qu'il fait. Volontairement, je ne raconte pas l'histoire même d'autres sites ne se privent pas.

 

Tout ce que j'ai envie de vous dire, c'est que Karoo est l'histoire d'une chute. La chute d'un être. Humain, va savoir? Saul pourrait représenter l'Homme moderne, l'Homme capitaliste, celui qui a non pas oublié, mais perdu les valeurs qui font des êtres humains des êtres humains. Il analyse tout, froidement, même ses sentiments ce qui fait douter de la sincérité de ces derniers. Durant les premières parties, on ne sait vraiment pas si on doit plaindre le personnage, le haïr ou se moquer de lui. L'humour est noir, reflétant une aversion complète pour la société (d'autant plus que Karoo est riche).

 

Car tout, dans la société de Karoo, est faux. Ses relations de travail, ses relations avec ses proches, ses relations avec son médecin. Saul est en perpétuelle fuite de l'intimité, il n'a qu'une peur: "que quelque chose de réel se produise". Au fond, il se déshumanise de pages en pages... un peu comme le fait le capitalisme envers nous, si nous n'y prenons pas garde! Jusqu'à la dernière partie, qui, bien qu'hallucinée, m'a paru beaucoup plus claire, beaucoup plus limpide. En perdant la raison, il finit par la retrouver et dans son délire mystique, il livre enfin qui il a été. Sauf que le "je" a disparu!

 

Quand un roman me plait, je fais aussi quelques recherches sur l'auteur: Steve Tesich, de son vrai nom Stojan Tesic est né en 1942 dans ce qui est aujourd’hui la Serbie. Emigré aux Etats-Unis, à Chicago, il ne parle pas un mot d'anglais ce qui ne l'empêche pas de briller tant en sport (cyclisme) que dans les études. Il abandonne son doctorat pour devenir dramaturge. Bref, l'incarnation de la réussite, de la pertinence du "modèle américain". Avant d'être déçu... Karoo sera publié de façon posthume, en 1998, soit deux ans après la mort de son auteur.

 

Vous l'aurez compris, ce n'est pas tant l'histoire qui m'a scotché, mais bien la maîtrise absolue de la plume de l'auteur. ça, ça m'impressionne! Car à part Tristan Egolf, j'ai lu peu d'auteurs contemporains avec un tel don. Et en parlant de don, je tire mon chapeau à la traductrice, Anne Wicke. Je ne suis pas en mesure de comparer avec la version américaine, mais le souffle reste. Si vous recherchez l'originalité, n'hésitez pas, vous ne lirez pas deux romans comme celui-là.

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 19:07

Les-Freres-Sisters-deWitt.jpg

Et un deuxième pour le mois de janvier! Alors que les librairies vivent des mots difficiles à cause de l'achat sur internet notamment, je continue mes achats frénétiques de livres (Critic à Rennes, L'Encre de Bretagne à Rennes, Histoire d'en Lire à Lorient...). Ma bibliothèque sera un jour aussi légendaire que celle d'Alexandrie!

 

L'une de mes dernières lectures m'a été offerte par une amie. Il s'agit du livre "les frères Sisters" de Patrick deWitt, un western absolument superbe.

 

C'est l'histoire de deux frangins, Elie et Charlie, redoutés et redoutables, qui sont missionnés pour tuer un homme en Californie. La raison? Ils ne la connaissent pas. Le Commodore veut, le Commodore commande, le Commodore obtient. Charlie fonce, Elie (le narrateur) pense... et fait part au lecteur de ses états d'âme. Mais par amour de son frère, il le suit.

 

Sur fond de ruée vers l'or en Californie, on ne se détache du roman que quand les pages sont lues. Il est en effet très drôle avec ses scènes cocasses (les péripéties de santé des deux frères, les amoutettes d'Elie, le cheval d'Elie et les personnages truculents) et ses petits dialogues bien jetés. L'auteur a un vrai talent de conteur.

 

On se prend très vite dans l'histoire. D'autant que la qualité des éditions Acte Sud aide: bel objet, confort de lecture, polices et corps adaptés...

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 14:00

Spivet.jpgRien de tel qu'une critique de livres pour commencer l'année. La littérature émancipe et c'est ce que je souhaite à chacun des lecteurs de ce blog: l'émancipation.

 

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet  est ma dernière trouvaille (achetée à la librairie Critic de Rennes).  Premier roman de Reif Larsen, c'est un livre étonnant à un prix tout aussi étonnant. 7,50€ pour un livre au format étrange et avec des dessins dans les marges n'est, en effet, pas courant.

 

L'histoire est assez loufoque: un jeune cartographe vivant au Montana gagne un prix renommé aux Etats-Unis. Il décide de se rendre à Washington DC pour recevoir son prix et faire un discours. Mais, quand on a 12 ans, partir sans l'autorisation de ses parents à plusieurs milliers de kilomètre de chez soi peut être problématique! Il devient donc pour quelques jours un hobo, un vagabond du rail qui, bien que supérieurement intelligent, pense encore comme un enfant.

 

Le fond du roman traite finalement du rapport d'un enfant avec sa famille, de sa relation avec sa mère, scientifique comme lui, son père, rancher bourru, sa soeur qui n'a qu'une envie, c'est de partir et son frère décédé accidentellement il y a quelques mois et dont la mort pèse sur la famille. Au cours de nombreuses digressions dans la narration de l'histoire, le jeune T.S Spivet découvre une part de son passé.

 

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet est un voyage initiatique plutôt incongru et très humouristique du fait du décalage entre ce que vit le jeune garçon et la façon dont il le vit. C'est une mine d'informations pour la culture générale qui plus est.

 

Bref, un vrai OVNI littéraire sympa comme tout. Apparemment, Jeunet a acheté les droits pour une adaptation. Je suis curieux de voir ça. Il me faudra attendre la fin de l'année 2013 si j'ai bien compris.

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 18:31

Jack-London-martin-eden--10-18.jpg

J'ai déjà parlé de ma découverte Jack London. Depuis La Vallée de la Lune et Le Talon de fer, sans compter L'Amour de la vie, véritable hymne à l'Aventure, j'ai lu d'autres romans de ce génie: Les vagabonds du rail, Sur le ring, les pirates de San Francisco. Le dernier est considéré comme son chef d'oeuvre, Martin Eden.

 

L'Histoire se déroule à Oakland (toujours). Martin, un marin un peu gauche et bien bâti, est introduit dans une famille bourgeoise par l'un des fils qui a su compter sur le héros dans une bagarre. Le pauvre diable habitué à la misère se retrouve du jour au lendemain dans une maison qui pourrait être décrite dans les livres. C'est dans cet univers paradisiaque pour lui qu'il rencontre Ruth, une des jeunes soeurs de son compagnon... et qu'il en tombe amoureux.

 

Par amour pour elle, Martin va travailler d'arrache-pied à la lecture et à l'écriture, ceci afin de pouvoir rivaliser intellectuellement avec ce monde qu'il ne connaît pas. Il décide de devenir écrivain et de vivre de sa plume. Mais à mesure que son talent s'améliore, il comprend les rouages de cette société qu'il découvre: la reproduction sociale, les préjugés. Martin apprend très vite et à mesure qu'il apprend, il coupe de son milieu d'origine. Il rivalise désormais avec les invités de la famille de Ruth et les considère même avec mépris tant il les trouve incultes et surtout superficiels.

 

Car Martin n'a qu'une ambition: devenir quelqu'un pour l'amour de Ruth. En écrivant... Ruth, elle, voudrait qu'il se trouve "une situation", seule solution pour qu'elle puisse envisager un avenir avec lui. Cela m'a également fait penser à tous ces musiciens à qui l'ont demande quel est leur "vrai métier".

 

Je ne raconte pas l'ensemble de l'histoire et quand bien même le ferai-je que je vous inviterai à le lire mille fois. Jack London est non seulement un homme dont la vie a été passionnante et passionnée, mais en plus de ça, c'est l'une des meilleures plumes que j'ai eu l'occasion de lire dans ma vie. Je ne m'en lasse pas.

 

Philosophiquement, ce roman pose énormément de question. Le rapport entre "être et avoir", sur l'individualisme de Nietzsche (que London critique, mais dont la doctrine est suivi par Martin), sur les classes sociales et leurs préjugés également, sur l'alcoolisme, sur le travail. Tout au long du roman, Martin est seul, en marge de la société du fait de ses idées.

 

London est devenu socialiste (le socialiste du début du 20ème) en se mettant en tête de devenir vagabond (une sorte de voyage initiatique). On a dit que Martin Eden était un livre autobiographique et, par bien des aspects, il l'est puisque London s'inspire de son vécu, mais je ne crois pas que Martin Eden ait jamais été socialiste. Au contraire, la fin du livre nous explique qu'il a perdu les valeurs qu'il avait en étant lui-même, le Martin Eden revenant de mer après de longs mois d'absence.

 

into-the-wild.jpegMartin Eden m'a fait un peu pensé à ce livre de Keyes, des fleurs pour Algernon. Là aussi, il est question "d'élévation intellectuelle" et de chute ("j'étais le même" se dit Martin). Si les romans ne sont absolument pas les mêmes, l'idée qui reste, c'est que le bonheur ne peut être que partagé (pour reprendre les termes de Christopher McCandless (voir Into the wild). Martin dont la flamme de vie était flamboyante perdra la foi en perdant son amour et ses illusions sur l'Amour. En conséquence, quel est le sens de la Vie, de SA vie...

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 11:39

fintva55.jpg

Briand Gael

Lorient

 

 

                                                     A Monsieur Gwendal Rouillard,

                                                     Député de la circonscription de Lorient

 

 

 

Rennes, le 9 décembre 2011

 

 

 

 

Objet:TVA livres à 7%

 

 

Monsieur le Député,

 

Comme vous le savez, le projet de loi de finances rectificative, voté en ce moment à l'Assemblée nationale, met en place la nouvelle TVA réduite à 7%, alors que celle-ci était jusqu'à présent de 5,5%. En l'état du texte, cette réévaluation devrait s'appliquer au livre. Or, ce serait un second choc pour toute la filière du livre déjà menacée et fragilisée par l'évolution technologique sans précédent et la transition vers un marché numérique, à l'instar de la presse. On sait en effet que la rentabilité des librairies est très faible. A terme, c'est l'ensemble de la création littéraire et une grande partie de la production intellectuelle qui sont menacées, ainsi que le réseau des libraires indépendants. S'il ne tenait qu'à moi, les produits de première nécessité, dont le livre, seraient exempts de taxe.

 

La question concerne d'autant plus fortement la Bretagne, sur un plan culturel mais aussi au plan économique et de l'emploi, qu'elle est la 2ème région de France, après l'Ile-de-France, en matière d'édition et de salons du livre (Carhaix, Guérande, Vannes...). Par cette lettre, je tenais aussi à vous faire remarquer l'originalité de la situation bretonne concernée par les livres en langue française, mais aussi en langue bretonne. Les conséquences d'une telle décision sur le marché du livre en langue bretonne, filière dynamique, mais également très fragile, seraient encore plus dramatiques.

 

Députés et sénateurs, qui siégeront dans le cadre de la commission mixte paritaire le mercredi 14 décembre, ont le pouvoir de proposer un changement de la loi afin que le taux de 5,5% continue de s'appliquer au livre.

 

A mon sens, l'érosion de la lecture, quelle que soit la langue dans laquelle est écrit l'ouvrage, n'est pas très rassurant pour l'avenir. Lire développe l'imagination et favorise la créativité. Mettre des barrières supplémentaires à ce droit fondamental, n'est en aucun cas un moyen d'élever le niveau d'éducation et de tirer notre société vers le haut.

 

En comptant sur votre mobilisation pour maintenir la TVA à 5,5% sur le livre, je vous prie, Monsieur le Député, de recevoir mes salutations socialistes et bretonnes les plus sincères.

 

Gael Briand

Rédacteur en chef du journal Le Peuple breton

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 15:23

geek-jpg.jpgJ'ai pris connaissance un peu hasard il y a quelques jours d'un article de Sterne, une revue internaute qui faisait cas de mon blog (je les en remercie au passage même si je n'ai plus autant de temps qu'auparavant pour étoffer ce lieu). Le sujet traitait de la blogosphère militante bretonne et m'a conforté dans certaines idées.

 

A l'issue de ma lecture, je me suis posé la question de savoir ce qui différenciait l'information du net et l'information papier. Je ne partage d'ailleurs pas totalement la conclusion de l'article. Sur le fait qu'il faille produire de la qualité, je suis parfaitement d'accord. Mais internet n'est pas suffisant pour être considéré comme crédible et exister. Internet, c'est aussi le royaume du lobby et le risque, c'est de croire que c'est la vraie vie. Si on en reste à internet, les bretons sont indépendantistes. Est-ce le cas? Non. Simplement, ceux qui le sont se sont appropriés la blogosphère pour écrire ce qu'ils ne parviennent pas à dire ailleurs. Internet est donc plus un espace défouloir, une bouteille à la mer, qu'un réel outil d'information objectif (même si l'objectivité, on sait ce que cela vaut). 

 

Internet, pour moi, n'est pas une source d'information complète. On y trouve tout et n'importe quoi et il faut au préalable disposer de clefs de lecture pour se retrouver dans cette masse d'informations à trier. Ces clefs, on les acquiert en lisant, en discutant, en étant curieux in the real life. N'allez pas croire que je sois anti-net. Il est indéniable que dans un Etat où la presse est centralisée autant que ses institutions, les réseaux sociaux ont rééquilibré la balance médiatique entre petits et gros partis. Moi-même, je suis un adepte d'internet, mais je vois aussi le stress que peut procurer une info sur le net alors qu'au final, c'est un épiphénomène. 

 

Quoi qu'on en pense, c'est encore la radio (France inter) et le journal qui font l'opinion. Comme dit le dicton, "c'est dans le journal" (sous-entendu, c'est vrai!). En Bretagne, il n'y a guère que Le Télégramme et Ouest-France qui comptent. Localement, Le Mensuel du Golfe, le Trégor (groupe OF) et Presse Océan (groupe OF aussi!!!) tirent leur épingle du jeu. Côté mensuels bretons, ça ne décolle pas. On peut railler le Peuple breton, mais j'ai appris récemment que feu Bretagne magazine (qui a cessé en 2007) avait 400 abonnés! Tu parles d'une réussite. Bretons ne fonctionnent pas si bien apparemment malgré leur position idéale dans les kiosques (diffusion OF) et le seul mag qui carbure, c'est Breizh mag, la Bretagne des promenades! Mon grand-père, mémoire de Ploumanac'h, est passé dedans, mais le mag a plus parlé de la beauté du site que de ce qu'il racontait. Triste. Mais c'est pourtant ça la réalité: les gens l'achètent. Côté militant, le Peuple breton reste donc bon même si ce n'est pas la folie furieuse, impossible de le nier. Idem pour Bremañ, mensuel bretonnant de bonne qualité, mais qui vit au-dessus de ces moyens à mon avis.

 

Maintenant, suffit-il de bouger dans la vie pour passer dans la presse, telle est la question! Sans être prétentieux, depuis 3 ans, le bilan des Jeunes de l'UDB est plutôt impressionnant pour une si "petite" structure: des dizaines de communiqués, de visites, deux tro-breizh pour expliquer ce qu'est l'autonomie, un nettoyage de ruisseau, une reconstitution de talus, 5 week-ends de formation, des conférences dont certaines en breton, une réflexion jeunes et le festival Reuz er vro à Brest à partir de jeudi prochain (j'en oublie certainement)... ça, personne ne l'a fait, ni un autre parti breton, ni le MJS (ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas plus nombreux que nous). 

 

Face à ce bilan, la presse a réagi étrangement. OF et Le Télégramme se déplacent de temps en temps (pas de Télégramme pour une réflexion jeune inédite, toujours pas pour Reuz er vro!). Quant aux médias bretons, autant dire qu'ils ne nous aiment pas. Je ne suis pas vraiment parano en disant ça. Ya! reste le plus sympa même s'ils n'ont rien passé sur la réflexion jeunes que nous venons de terminer si ce n'est une critique disant que nous n'abordons pas le gallo. Mais ne donnons pas le bâton à ceux qui parlent de nous. D'autres ne s'en donnent même pas la peine! Sans doute se disent-ils que nous avons notre propre presse et que cela suffit. Voilà "l'objectivité" de la presse aujourd'hui: un pet de mouche de la part d'un ténor UMP ou socialiste fait une page, un festival de trois jours organisé par des bénévoles politiques fait trois lignes!

 

Mais revenons au net. De nos jours (et l'article de Sterne en convient), il suffit d'une personne pour révolutionner la blogosphère. Ainsi, les identitaires et autres nuisibles nous font croire qu'ils sont des milliers alors qu'ils se comptent sur les doigts des deux mains. A l'UDB, nous sommes en retard côté communication. Le site mère, il est vrai, est nul ou en tout cas pas adapté à la réalité actuelle du net. Mais ça vient. Les Jeunes de l'UDB bricolent mieux, mais bricolent quand même. Qu'importe, nous serons toujours, pour notre "famille politique", les nuls, les zéros, les gentils, les traîtres. Mais faites donc votre examen de conscience messieurs les donneurs de leçons! A part critiquer, que produit l'Emsav? Pas grand chose! L'UDB, ce sont peut-être les minables, mais la dernière manif' de Nantes a encore prouvé qu'il ne suffisait pas d'écrire des articles de blog pour exister. 

 

Ce qui fait notre force n'a jamais été internet, mais le terrain. Quoi qu'on en dise, je préfère mon Peuple breton à n'importe quel journal internet qui n'offre pas la moitié de ce que nous produisons mensuellement. L'information papier n'est pas plus "noble", elle est simplement plus lue. Pourquoi? Parce que tout simplement, il n'y a que les geeks pour lire sur un écran de longs textes. Regardez donc Françoise Morvan? Qui a pris la peine de lire ses 80 pages de bile? Personne. Pourtant, les jacobins sont légions... Le terrain, les réseaux! 

 

vente-a-la-criee.jpgJe vois bien, quand je vends le PB à la criée, le regard moqueur de certains et pourtant, je sais aussi que ça les rend mal à l'aise de voir des gens qui militent "même sous la pluie". Le mieux, c'est à Paris. Ils rient ouvertement, mais dans leurs yeux, c'est la trouille de voir un militant breton chez eux, un mec qui assume et qui n'a pas honte! Moi, je suis à l'UDB et je n'ai pas peur de le dire. C'est un parti qui réfléchit, qui a certes ses problèmes, mais qui grignotent des avancées pour l'ensemble du milieu breton. 

 

Bref, il ne suffit pas d'internet pour exister. Et côté terrain, il n'y a guère que Breizhistance (Rennes particulièrement) et l'UDB qui l'ont compris. Côté asso, ma préférence va à Ai'ta qui sont plutôt très bons et positifs. Et puis, évidemment Diwan. 

 

Pour conclure, voilà ce qui m'inquiète. "On a surtout l'impression que beaucoup de militants n'ont pas saisi le fait qu'un nombre croissant de personnes ne s'informe plus en premier lieu par la radio, la télé ou à plus forte raison la presse, mais avant tout par le web" écrit le rédacteur de Sterne. Ces gens-là risquent simplement de se faire une vision idéalisée du monde et de rester à la surface des choses. Le monde est complexe et il ne suffit pas d'avoir la vision d'un militant (même la mienne ;-) ) pour se faire une idée de son état. 

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 14:21

horde-de-contrevent.jpgJe finis à l'instant ce livre qui était dans ma "pile" depuis peut-être un an et que j'ai avalé suite aux conseils avisés d'une camarade de l'UDB. J'avais commencé la lecture voilà quelques mois et laissé de côté, pas prêt pour un pavé de plusieurs centaines  de pages.  Ce livre, c'était la "Horde du Contrevent" écrit par Alain Damasio et il m'a soufflé... c'est le cas de le dire!

 

Car ce livre univers ne ressemble à rien de ce que j'ai lu auparavant. Cela part d'une idée absurde à savoir qu'une horde, 23 personnalités, contre du vent d'extrême-aval jusqu'à un extrême-amont mystérieux. Pour un Breton, c'est un peu inhabituel de se dire que le vent ne souffle que dans un sens... mais il faut avouer que le monde de Damasio tient la route et plus encore son histoire, une aventure jonglant avec des hypothèses métaphysiques de toute façon aussi inconcevables que l'univers dans lequel nous vivons, mais qui, tissées, crééent une sorte de vérité.

 

formation-goutte.jpgLes personnages sont attachants et le déroulement n'est pas niaiseux (Bien-Mal). Les paysages sont réels tant les descriptions sont à couper le souffle. Via les éléments, l'auteur nous plonge au coeur même de la horde, ce bloc, ce fer, qui cogne contre l'impossible, la quête du soi absolu. Le sang, les larmes, le découragement, l'humidité, la violence des vents, mais aussi l'amour et l'amitié, l'espoir d'un au-delà. On frôle la théologie et c'est un vrai bonheur. Par moments, je me prenais à repenser lors des cours de physique-chimie à mes délires philosophiques à savoir que nous étions fait de rien (après tout, la matière n'est rien d'autre que des électrons qui tournent autour d'atomes ce qui fait de nous un "vide dur").


Je pourrais citer des dizaines de passages, mais j'aurais trop peur de ne livrer qu'un aspect de cette histoire alors je vous invite plutôt à le lire vous-mêmes. Alain Damasio est un styliste, il utilise beaucoup de vocabulaire, joue avec les mots, en invente. ça fait plaisir de lire encore des écrivains de ce genre à notre époque où se multiplient sur les rayons des merdes innommables de quelques stars incapables d'aligner deux mots et/ou qui laissent le travail à un nègre qui parvient à sublimer leur pauvreté intellectuelle pour en faire des héros factices brillant uniquement aux yeux de ceux qui y croient.

 

L'originalité domine dans le livre de la pagination à la technique de narration en passant par la ponctuation. C'est un livre initiatique, un livre qui pose plus de questions qu'il n'y répond, un livre où l'ennui n'existe pas, un "livre vent" tant ça déroule, un livre à la cosmogonie presque magique, mais finalement plausible, un livre qui transforme, un livre qui ne critique pas, mais qui décrit l'absurde (le contre),  l'injustice sociale (Alticcio), l'entêtement (Norska), l'injustice tout court, de la Vie en somme. Plus fort que le café pour quelqu'un qui ne veut pas dormir...

 

Horde-Du-Contrevent.jpg

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 18:21

vallee-de-la-lune-london.jpgLa vallée de la lune est un livre assez personnel de London, un livre dans lequel il a mis plus de lui-même que dans les autres. L'héroïne, Saxonne, est une jeune américaine de Oackland qui trime dans une usine en attendant l'amour, comme toutes ses copines. Elle fréquente moult bals et danse avec de nombreux prétendants, mais malgré son âge avançant, elle ne trouve personne qu'elle aime. Jusqu'au jour où elle rencontre par l'intermédiaire d'un ami Billy, un charretier, boxeur à ses heures. Ces deux-là vont débuter leur vie maritale sur les chapeaux de roue dans un bonheur mielleux et un peu long pour le lecteur... 

 

Sauf qu'Oakland vit une crise économique et que les grèves commencent. Billy, homme d'honneur et idéaliste, syndiqué tendance socialiste comme le frère de Saxonne, refuse se laisser dicter sa loi par des patrons. S'ensuivent des jours d'économie qui se transforment en jours de rationnement puis en jours de quasi-disette. L'auteur nous montre à quel point vivre en ville en période de crise économique est impossible tant le travailleur dépend d'une machine. Le Talon de fer, là encore, écrase l'ouvrier pourtant organisé.

 

Tout bascule pour le couple guimauve malgré la bravoure de Saxonne (femme au foyer). Billy se prend d'amitié pour John Barleycorn, Jean grain d'orge, sous entendu l'alcool. La dégringolade continue jusqu'à un point de paroxysme qui mène le boxeur en prison. Saxonne se retrouve seule et la vie de misère est admirablement bien décrite. D'ailleurs, il est intéressant de noter que là-bas, les pauvres pratiquaient la pêche à pied. Comme chez nous, en Bretagne finalement où avant de devenir un truc très tendance, cette activité n'était pratiquée que par les familles modestes qui ne pouvaient pas se nourrir convenablement.

 

Au retour de Billy, Saxonne l'entreprend de son projet: puisque la vie est si dure en ville, c'est qu'il faut partir à la campagne. Devenir paysan. Un thème incroyablement contemporain. Pour ma part, je pense de plus en plus que paysan est un métier d'avenir et bien qu'urbain jusqu'au bout des ongles, je suis un farouche opposant à l'idée de métropolisation. Ces villes qui exploitent la campagne me scandalisent et mon idéal résiderait plutôt dans la solidarité accrue entre villes et campagnes. Bref...

 

La Californie est un territoire nouveau au début du 20ème siècle et, comme dans les romans de Steinbeck, l'immensité est encore au rendez-vous! Peu de monde et beaucoup de terres. Chose assez troublante: la position de Billy concernant les étrangers. On a du mal à percevoir si c'est le personnage ou l'auteur qui pense ainsi. Remettons les choses dans leur contexte, on est dans les années 1910, la main d'oeuvre importée (les "jaunes"... pas au sens chinois, mais "traîtres") sont d'ailleurs... mais tout de même! Il y a quand même dans le livre une sorte d'apologie de l'américain dans certains passages. Dans d'autres, c'est l'inverse: quand Billy et Saxonne se retrouvent à la campagne, ils constatent que les portugais réussissent à tirer d'une terre bien plus qu'un américain car ils ont le sens paysan qui fait défaut aux américains.

 

californie.jpgCette deuxième partie du livre est plus initiatique. Après l'Enfer, le purgatoire et la recherche du paradis! Une longue quête en Californie, dans le Nevada ou l'Oregon pour trouver la terre idéale, la Terre Promise, cette "Vallée de la Lune" (j'ai retrouvé des coins que j'ai l'impression de connaître par Steinbeck comme Monterrey ou par P. K. Dick comme Berkeley mais à une autre époque!). Billy est dans le rêve de grandeur, mais le temps passant, la raison leur fait comprendre que l'on peut vivre sur peu de terre. La fin du livre a une tendance André Pochon (voir le Peuple breton du mois de mai), le paysan qui a gagné plus en travaillant moins et en polluant moins!

 

Un bon livre dans l'ensemble. Difficile d'abandonner la lecture d'un conteur comme London. Malgré un nombre certain de pages et quelques longueurs, on a du mal à décrocher! Je suis obligé de citer certains passages (édition 10-18, 1974) pour montrer comment l'auteur a su percevoir (on est au début du 20ème) la tromperie de ce système qu'on a voulu faire croire "pur et parfait":

"Un jour, à la marée montante, elle vit l'eau couverte de melons (...). Tous sans exception avaient été abimés par une coupure qui y laissait entrer l'eau salée (...)

- Voilà ce que font les gens qui ont de trop (...) C'est pour maintenir les prix. Ils les jettent par dessus bord à San Francisco.

- Mais pourquoi ne pas les donner à des gens pauvres?

- Il faut maintenir les prix.

- Mais, de toute façon les pauvres ne peuvent pas les acheter. ça ne pourrait pas nuire aux prix.

- Je ne sais pas. C'est leur habitude. Ils fendent les melons de sorte que les pauvres ne puissent les manger en les repêchant..."


(note personnelle: pour ceux qui ne le savent pas, les supermarchés jettent de la nourriture, des tonnes et des tonnes de nourriture et certains y déversent même des produits pour éviter que des gens viennent se servir. Vous comprenez, il ne faudrait pas qu'ils portent plainte s'ils sont malades!). 

 

Une façon plaisante et ludique de devenir anti-capitaliste! A contre-pied des métropolistes, un retour à la terre étonnament contemporain. Avec la seule différence qu'à l'époque dont il est question, tout était à construire et qu'aujourd'hui, la majeure partie de la production industrielle a été laissée à d'autres pays. Il nous reste l'agriculture... raison de plus pour faire vivre les paysans de leur travail et pas de subventions!

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 16:03

le-talon-de-fer.jpg

 

Malgré mon militantisme, j'ai peu lu. Un peu Marx, quelques philosophes comme Arendt ou Spinoza, un peu Kant (forcé), Descartes ou Platon. Mais finalement, politiquement parlant, je n'ai presque rien lu. "Ce n'est pas parce qu'on a lu Platon qu'on est philosophe" disais-je à mon prof de philo en prépa et de répéter la même chose entre économiste et prof d'économie. Même si je ne nie pas l'important des théoriciens, j'ai toujours eu du mal à accepter la théorie pure et me suis plus penché sur la littérature engagée. J'ai donc été formé principalement par des romans. Ceux qui me connaissent savent que je suis un grand fan de John Steinbeck et de ses romans sociaux à commencer par "les Raisins de la Colère". J'ai ensuite découvert le style incroyable de Tristan Egolf avec "le Seigneur des porcheries". 

 

J'ai découvert Jack London non pas avec "l'appel de la forêt", ni avec "Croc Blanc", mais avec un recueil de nouvelles qui, paraît-il, était le préféré de Lénine: "L'amour de la vie" (nouvelles d'aventures en Alaska). Fasciné par son talent de conteur, j'ai cherché à m'instruire car je sentais la force de ceux qui ont cotoyé le monde et qui n'ont pas fait que le survoler. J'ai donc lu "le Talon de fer" (quasiment d'une traite dans le train). 

 

L'histoire se déroule entre 1912 et 1918 et peut donc se classer dans le genre SF (anticipation). Les personnages sont archétypaux et finalement sans grande importance par rapport à l'histoire. La narratrice, Avis, est une bourgeoise dont le père a les idées progressistes. Elle raconte comment celui qui deviendra son amant et mari, Ernest, prolétaire, l'a transformé en révolutionnaire au service de la cause des plus démunis face à une oligarchie omniprésente. Le livre est agrémenté de notes qui font partie de l'histoire car dans le monde tel qu'il est au moment où on retrouve le manuscrit d'Avis (sept siècles plus tard!), le Talon de fer (la dictature) est tombée et le monde libre a enfin vu le jour.

 

Ce livre est un pur chef d'oeuvre. Paru en 1908, il mérite son qualificatif de "visionnaire". Même si la société a changé, tout dans ce livre (particulièrement la première moitié) m'a fait penser à notre société contemporaine. La révolution industrielle a créé de nombreux auteurs engagés, mais Jack London est à mon sens l'un de ceux qui a le mieux saisi le danger du système capitaliste. Je reste ébahi, quelques heures après avoir lu les dernières phrases, de la façon dont il a perçu bien avant la première et la seconde guerres mondiales, la crise de 29 ou les Trente Glorieuses l'absurdité d'un système que l'on commence à peine à dénoncer massivement, forcés que nous sommes de vivre sur une seule planète! 

 

Les leçons d'Ernest en début de roman sont limpides. Certes, nous n'avons plus aujourd'hui en Occident de prolétaires au sens du début du 20ème siècle, les crève-la-faim sont rares, mais tous autant que nous sommes sommes "attachés à la machine". Et ceux qui tiennent les ficelles, "l'Oligarchie", le "Talon de fer" (termes vagues rappelant à quel point l'ennemi est flou), savent parfaitement comment mater la moindre rébellion et faire perdurer le système (n'est-ce pas le cas aujourd'hui encore avec les "pas possible", "pas légal"...). Ceux qui travaillent dans l'agro, ceux qui répondent au téléphone pour les Orange et consort, ceux qui sont esclaves de résultats toujours plus haut ("regardez la Chine: 10% de croissance"), tous ceux là sont-ils libres?

 

jack-london.jpgOn a dit London communiste. Je ne le crois pas. Je le crois plutôt libertaire et socialiste (il était d'ailleurs adhérent au socialist labour party jusqu'à ce qu'il les quitte jugeant qu'ils abandonnaient l'idéal pour le pragmatisme de la social démocratie). Qu'est-ce qui me fait dire ça? Son goût pour la liberté. Le communisme remplace une machine privée par une machine publique, tout aussi oppressante.

 

En tout cas, il était profondément anti-individualiste. Et constructif. Et optimiste. C'est aussi ça que j'aime chez lui. Malgré la difficulté, malgré les échecs nombreux, il a foi en l'avenir. D'où l'opposition d'Ernest aux "briseurs de machines" et aux "terroristes" (qui font perdre du temps à la cause cf dernier chapitre): "au lieu de détruire ces merveilleuses machines, prenons-en la direction (...) évinçons leurs propriétaires actuels et faisons-les marcher nous-mêmes". Cela, c'est du socialisme au sens étymologique du terme, des gens qui pensaient que le travail méritait plus de bénéfices que le capital. D'où la haine de London pour le socialisme capitaliste qui d'ailleurs ressemble étrangement à celui que nous vivons aujourd'hui. Ce n'est pas l'économie de marché que condamne London, mais l'accaparement de la richesse par une minorité vivant entre eux (donc aveugles au réel) et ne partageant rien. 

 

Bref, beaucoup de leçons d'économie, d'histoire, d'humanisme aussi. Certes, certaines rhétorique ont vieilli, mais les mécanismes n'ont guère changé et l'étau se resserre autour de la gorge non seulement des "prolétaires", mais aujourd'hui des "classes moyennes". Faire nous-même, c'est l'auto-gestion! Quand est-ce qu'on commence? 

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