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Klask

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 19:30

L'Inspecteur d'académie d'Ile-et-Vilaine a récemment défrayé la chronique en qualifiant la langue bretonne d'"artificielle" et le département de non-brittophone.

Outre le fait qu'un fonctionnaire de la République n'a aucun droit de parler ainsi puisqu'il se met lui-même en contradiction avec l'article 75-1 de la Constitution Française stipulant que "les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France" (sic), cet inspecteur me permet de parler de l'Education Nationale et de son système libéral et jacobin (le mélange des deux est un délice pour la diversité culturelle et la démocratie):

1. Les filières bretonnes n'ont pas le droit au même traitement que les classes dites "normales". Ainsi, à Bruz, l'école Jacques Prévert, avec 138 élèves compte 4 classes pour 5 dans l'école Champ l'évèque qui n'en compte "que" 132. Loin de moi l'idée de vouloir tirer vers le bas, mais force est de constater que 49 enfants en filière bilingue dans une même classe, c'est un peu lourd pédagogiquement parlant! Quel argument pour ne pas ouvrir un deuxième poste? Néant. A l'heure où je vous parle, les enfants ont été séparés et certains ont du renoncer à apprendre le breton (comme quoi, la demande existe, mais n'est pas suivie par l'offre).

2. Le breton est méprisé par un Etat qui ne reconnaît que la francophonie au titre de la diversité culturelle. Petite nouveauté, les langues dites "utiles" apparaissent dans nos établissements! Ainsi, à Lorient, un pôle de chinois apparaît sur deux collèges (quatre en fait, voir dans les commentaire). Quel zèle pour une classe qui ne comptera sans doute pas autant d'élèves qu'une classe bilingue français-breton d'ici deux ans! Je ne parle pas des profs de latin plus nombreux que les profs de breton. L'Education se privatise et le breton (de même que les arts plastiques, le sport ou la musique) vont connaître de plus en plus de difficulté pour justifier leur pertinence économique.

3. Le silence du Rectorat est une technique bien connue des services de l'Etat. Laisser pourrir la situation (comme tous les ans) pour décourager les parents mobilisés. Ainsi, chaque année, ce sont des dizaines d'enfants qui passent d'une filière bilingue à une filière monolingue. Il est certain qu'à ce rythme, Le Drian peut se brosser pour atteindre les 20000 enfants scolarisés en 2010. On sait pertinemment que l'UMP va se placer sur ces sujets pour les régionales... Qu'ils ne prennent pas les bretons pour des jambons, l'Etat est tout puissant en France et le Conseil régional de Bretagne est un nain politique. Si l'UMP n'est pas à la tête de l'institution régionale, il est à la tête de l'Etat, du gouvernement et du Parlement! Quid de la loi "Le Fur" en 2009?

4. On remarquera aussi les éternelles méthodes de l'Etat qui cherche à diviser les parents, à monter les filières les unes contre les autres, à faire croire qu'il s'agit de problème de recrutement. Il est vrai qu'il n'existe qu'un IUFM bilingue en Bretagne (à St Brieuc) et que les formés sont essentiellement nommés en Côtes d'Armor. Qu'attend donc l'Etat pour améliorer ce système en donnant la compétence linguistique au Conseil régional ou, mieux, en rendant la Bretagne (B5) autonome? Comme le groupe UDB au Conseil régional de Bretagne l'a écrit à Luc Châtel, "vous avez promis aux français de ne pas être le ministre du statu quo, nous vous demandons donc d'avancer concrêtement en matière d'enseignement bilingue (...)".

Bon, je m'arrête là, mais il y aurait tant à dire. L'enseignement en bilingue a été reconnu comme efficace en Bretagne comme ailleurs. Mais il faut comprendre qu'en ne défendant pas les filières bilingues, c'est l'Education en général que vous ne défendez pas. Car le breton est la première matière. Ensuite viendront les autres... et quand on commencera à toucher à la philo (diantre, cela fait réfléchir... à quoi ça sert?), à l'histoire (on ne va quand même pas leur apprendre que la crise de 29 est la cause principale de la seconde guerre mondiale!), à la géographie ("territoires"? Parlez moi plutôt d'"administration", "coloniale" si possible)... Le bruit du silence est assourdissant.

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commentaires

Jean 21/12/2009 23:48



Et ben non, j’ai pas su ce que pensait Patrick mais je
crois deviner quand même…..  Ceci dit, j’ai rien contre les lycées français à l’étranger.


Toujours sur le sujet des Inspecteurs
d’Académie: en octobre j’ai entendu André Le Mercier (un ancien d’Ar Falz) dans Henchou Treuz sur RBI. Il racontait qu’il avait bossé 2 ans comme conseiller dans l’Education Nationale (dans les
années 70). Qu’il avait réalisé une enquête auprès d’instituteurs de Basse Bretagne : 63% des instits interrogés s’étaient déclarés d’accord pour enseigner le breton dans leurs
classes. Un problème étant que ces instits ne savaient pas lire le breton (et pour cause, vu qu’il était interdit à l’école quand ils étaient gosses). Donc, Le Mercier envoie un courrier au
recteur d’Académie pour lui présenter son projet: il se faisait fort de former 200 (si je me rapelle bien) de ces enseignants volontaires en peu de temps (vu que ces instits parlaient déjà
breton).


La réponse du recteur d’Académie a été…
ben, même pas de réponse. Plus tard, le mec lui a confié oralement qu’il avait « bondit sur sa chaise » lorsqu’il avait lu cette proposition. Et celui-ci de conclure : 1)
« même si le recteur avait été pour, le ministère, lui, aurait été contre », 2) « c’est à cause de ce genre de trucs que plus tard Diwan a été créé, ce qui est à mon avis une bonne
chose ».


J'ai entendu l’anecdote  reprise en
plus court par Fanch Broudig dans le web noz de ce mois-ci.


Là, on est à l’opposé du shéma suggéré par
Isa plus haut (des instituteurs bretons faisant du zèle contre la langue bretonne): là, c'est la hiérarchie de l’EN qui veut bloquer 63% d’instits de terrain finalement pas si zélés pour
imposer le « français seulement ».



Jean 14/10/2009 21:03



Salut Chacalito, merci, j’espère que ça
rafraîchit un peu :)


 


Le flux de commentaires s’est
réduit... Dommage, j’aurais aimé connaître l’avis de Patrick sur certains points : l’Etat investit dans des sommes conséquentes d’argent public dans l’enseignement en immersion en français à
l’étranger (les lycées français). Souvent à des milliers de km de la France, jusqu’à Tokyo même. On aimerait savoir ce quelle est selon Patrick  «
l’aire naturelle » de la langue française (puisque c’est lui qui a introduit ce concept plus haut). Est-ce que pour lui Tokyo en fait partie???

Si non, pense-t-il normal que ces écoles bénéficient de fond publics de l’Etat français. Je suis
intéressé par son avis sur le sujet.


Patrick nous aussi dit que les parents des classes bilingues de Bruz devraient aller voir dans
le privé pour un enseignement bilingue, parce c’est à la distance vertigineuse de mettons 80 km de cette « zone naturelle » du breton.
Pense aussi t-il que ces parents qui doivent aller voir dans le privé doivent aussi continuer à payer (en tant que contribuable français) pour les « lycées français » à des milliers de km de
l’ « aire naturelle » de la langue française? On aimerait bien savoir.



J'espere qu'on m'exusera pour mes fautes d’orthographe, au moins celles en breton : dans mon
collège et mon lycée,  fin 80-début 90, la langue bretonne n’avait même pas un statut LV2. Surprise, ces établissements se trouvaient pourtant dans de
ce que Patrick appelle lui-même la « zone naturelle » du breton...


 



Jean 10/10/2009 22:49



Couffé, pays gallo. On y reçoit plus d’une vingtaine de chaînes de télé sur la TNT. Hum, pays gallo peut-être,
mais à ma connaissance, 0% d’émissions télé en gallo contre disons grosso modo 99% d’émissions en français. Au moins vingtaine de stations sur la bande FM. Mettons un minimum de 99% d’émissions
en français mais aucune émission en gallo (toujours à ma connaissance). Il y a t-il des cours dispensé en gallo? J'ai plutot tendance à penser que l'unique langue
d’enseignement à Couffes : le français. Quid de la vie publique ? Là encore, fi du gallo, seul le français est seul autorisé.


Et soudain, voila qu’il y a une affiche bilingue pour une fête de l’UDB à Couffé, avec tenez vous bien 10 mots
français traduits en breton. Et alors là, on nous apprend que le processus linguistique qui saute aux yeux à Couffé, c’est la « bretonisation forcée » ! Maaa, honnêtement ce
n’était pas ce qui m’avait sauté aux yeux mais maintenant qu’on me le dit, ben j’en ai jusque des frémissements d’horreur devant cette « néo-celtisation » abusive! 10 mots en
breton !!!! Non mais franchement, quelle agression, n’est ce pas ?


Bon, puisque apparemment il ne serait plus possible de continuer en français sans se faire punir, devoir
recopier des pages de tableaux de mutations voire ou porter une gousse d’ail autour du cou et un béret sur la tête, il me faut continuer en breton: o ma Doue, chikourit ahanom: ar vrezonegerien
zo erruet ba’r vro gand o charabaniou!! O ma Doue ‘ta, keme-se n’e ket pochub memestra!!!


:)))



Chacalito 12/10/2009 10:14


Vos paroles, Jean, sont raffraichissantes! ça fait plaisir...

Gael.


Jean 10/10/2009 22:35



>>« En quoi la disparition de langues est-elle un
problème? »



Ben Patrick, c’est assurément une question qu’il vous faut poser à nos pennou-bras nationaux. Par exemple, je crois savoir qu'en 2007
l’Assemblée générale des Nations Unies demandait aux États membres d’encourager la
conservation et la défense de toutes les langues. Dans la foulée, 2008 fut proclamée « année internationale des langues ». Or, cet appel et cette proclamation ont été lancés sur
proposition de M. Jean-Marc de La Sablière, Ambassadeur de la France auprès des Nations Unies.


Celui-ci déclarait notamment : « la préservation d’un héritage souvent vieux de
plusieurs siècles ou millénaires [doit] bien être au coeur de la mission des Nations Unies ».
Quand un tel exemple vient d’en haut, comment s’étonner que la disparition de langues soit aussi considérée comme un problème par des citoyens en Bretagne?


 



Jean 10/10/2009 22:31



Comme le souligne Isa, les méthodes employées pour interdire le breton dans les écoles sous la
3eme République ont été dures. Et il est inutile que des responsables de l’Education Nationale viennent en rajouter aujourd’hui, avec le genre de propos tenus par cet inspecteur d’Académie.
Aussi, puisqu’il a compris qu’il était en Bretagne galese, j’aurais bien aimé aussi qu’il tienne son discours sur le « breton artificiel » en gallo.
Les propos de  cet inspecteur sont enfin maladroites, parce qu’ils donnent á penser que la situation dans l’école de Bruz vient aussi du manque
de volonté, voire d’une opposition de fond aux langues régionales de certains responsables de l’Education Nationale (voir par exemple la réaction du gars de Div Yezh pendant la dernière émission
Webnoz quand on lui parle de la situation de l’enseignement bilingue en Ile et Vilaine).


 


Isa, vous parlez de « triste histoire » pour cette affiche. Pour ma part, je pense que
la triste histoire, c’est d’abord celle de la « vache » et de ces enfants punis pour le simple fait d’avoir parle leur langue maternelle.



Le fait est que ces punitions n’étaient pas systématiques en effet mais restaient extrêmement courantes. Je
trouve ça très significatif d’avoir entendu quasiment les mêmes choses des deux cotés de ma famille (maternel et paternel). Leurs expériences recoupent aussi ce que j’ai lu ou entendu dans les
récits de témoins venant de différents endroits de Basse Bretagne (notamment dans les souvenirs de Pierre Hélias).


Pour ma part, je pense que l’Instruction Publique de l’époque est responsable de ce qui se passait dans les
écoles. En tous cas, de l’attitude de ses enseignants. D’ailleurs, quelles instructions l’administration a-t-elle donné pour lutter contre la dureté des méthodes employées que vous évoquiez (un
état de fait qu’elle pouvait difficilement ignorer)?


Vous avouerez aussi Isa que des saillies comme celles du ministre de l’Instruction Publique Anatole de Monzie
(« pour l’unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître ») n’étaient pas de nature à modérer le « zèle » des enseignants sur le terrain.