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Klask

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 18:57

le-monde-comme-si.jpgLes Inrockuptibles et Sc. Po. Rennes invitaient hier Françoise Morvan et André Markowicz à un débat intitulé "Y-a-t-il deux cultures bretonnes?" (voir ici). Je tiens au préalable à m'excuser auprès du premier intervenant Jean-Marc Huitorel car je suis arrivé à la fin de son exposé. Je n'en dirais donc rien. J'ai en revanche choisi d'aller écouter celle que j'ai connu à travers mes tribulations d'internautes, mais que je n'avais jamais vu auparavant bien qu'elle vive dans la même ville que moi. 

 

S'il est un épouvantail dans le milieu breton, c'est bien Françoise Morvan. A vrai dire, personne n'aurait jamais entendu parler d'elle si les militants bretons n'avaient pas pris pour cible son livre "le monde comme si", véritable charge contre l'Emsav. Néanmoins, reconnaissons-lui qu'il est difficile dans ce milieu de braver les tabous. J'en sais quelque chose. Mais point de complaisance. Ce qui est grave, c'est que l'étude "scientifique" de Françoise Morvan est grotesque. Car elle mélange tout et tout le monde. La seule "insulte" que je me suis permis à son égard est donc: "paranoïaque". Car assurément, elle l'est. Pour le reste, j'ai été très poli.

 

Hier, son discours relevait plus de la rumeur que de l'exposé argumenté. En premier lieu, Mme Morvan a tenu à dire que si Gael Roblin n'avait pas pu venir, ce n'était pas de sa faute, que cette décision [du président de Sc. Po.] avait suscité des attaques sur sa personne. Que Gael Roblin avait tout à fait le droit de venir parler de la Bretagne, qu'il représentait une Bretagne. Pour ensuite affirmer qu'il avait participé à "6 attentats" et qu'il était un "terroriste". Ce manque de rigueur scientifique (car Gael n'a jamais été condamné pour ces faits) lui vaut déjà quelques étonnements dans la salle. 

 

Puis, le discours débute sur la manipulation du milieu breton. En somme, le Conseil régional est infiltré par les autonomistes (quel horreur, mais c'est nous!), le Conseil Culturel est un ramassi de nationaliste allant de l'extrême-gauche à l'extrême-droite... tout ceci est possible grâce à l'influence de l'institut de Locarn, un lobby patronal breton. Un beau roman! Jusqu'à dire, comme le mentionne Fabien Lécuyer dans son papier, que "les gens qui sortent du Leclerc avec des sac Gwenn-ha-du ne savent pas qu'ils arborent une création de l'extrême-droite". Mais c'est son compagnon André Markowicz qui a été le plus virulent à mon sens. Pour lui, le Gwenn-ha-du est l'apothéose de la pensée nationaliste. Aller dire ça aux gamins de 15 ans qui voient dans le drapeau breton une image de marque, rien à voir avec la politique! Hélas... 

 

bezen-perrot.jpgresistance-et-conscience-bretonne.gif

 

Pour résumer, ce que je trouve navrant, c'est que Françoise Morvan se croit experte en politique bretonne parce qu'elle a passé des années dans les archives pour débusquer les collabo de 1940! Oui, sauf que les archives sont plein de rapports officiels, orientés eux aussi (les exemples de résistance sont nombreux malgré tout). Qu'il y ait eu des collabo, personne ne le nie. Tout ceci est bien expliqué par Christian Hamon (voir le livre "Bezen Perrot" préfacé par Loeiz ar Beg militant de l'UDB). Les résistants bretons, il y en a eu des pelletées aussi et c'est aussi bien expliqué par Jean-Jacques Monnier (voir le livre "Résistance et conscience bretonne" préfacé par Mona Ouzouf). Mais que nous ayons quelque chose à voir avec eux (collabo comme résistants), je ne comprends pas bien le lien. Je suis Gael Briand, je milite au XXIème siècle et qu'on en finisse avec cette satané guerre! Je n'ai pas à porter le traumatisme de mes grand-parents!

 

C'est d'ailleurs la question que je lui ai posé très calmement. "Je m'appelle Gael Briand, je suis rédacteur en chef d'un journal que vous connaissez bien, le Peuple breton. Je suis d'abord ravi de vous rencontrer... [André Markovicz me coupe: "ce n'est pas ce que vous disiez en 2007"] Je disais donc je suis ravi de vous rencontrer pour de vrai... et de voir que vous lisez ma prose. Je n'en retire pas une ligne (voir ici). Vous dites pour commencer que les bases du dialogue s'enclenchent mal. Quand vous dites de Gael Roblin qu'il est l'auteur de 6 attentats, vous commencez mal vous aussi. Mais je ne suis pas là pour défendre Gael, mais pour vous posez une simple question: j'ai 27 ans [Françoise Morvan me coupe: "et vous n'étiez pas nés en 1940"]. Exactement. Donc, en quoi suis-je ou en quoi les jeunes militants que je vois dans la salle peuvent-ils être qualifiés de nationalistes d'extrême-droite? Je vous invite, Mme Morvan, à revenir dans l'Emsav peaufiner votre étude car ce que vous énoncez, c'est le vernis."

 

Ce à quoi elle m'a répondu qu'elle ne disait pas que nous étions des militants d'extrême-droite, que les militants UDB étaient sincèrement de gauche, mais qu'à l'insu de leur gré, ils défendaient des idées d'extrême-droite à savoir l'identité. Elle m'a aussi appris que l'UDB parlait d'"ethnie bretonne". Première nouvelle! Que le Peuple breton avait donné la parole à je ne sais quel tortionnaire de la deuxième guerre mondiale sans donner la date ni la référence, qu'Emgann (qui compte aujourd'hui 3 adhérents depuis la création de Breizhistance) avait rendu hommage à Fouéré, qu'Emgann toujours était la vitrine légale de l'ARB... Quand je vous dis qu'être permissif à la violence, quelle qu'elle soit, laisse des traces!

 

Mais merde, l'honnêteté intellectuelle m'oblige à dire qu'il n'y a absolument rien de nazis dans les propos de Breizhistance et que quelqu'un trouve le moindre truc louche dans ce que j'ai publié depuis un peu plus d'un an maintenant dans le PB! Que quelqu'un trouve le moindre hommage à Fouéré! Je distingue l'histoire de la politique et même si Fouéré a compté dans le monde breton, je ne m'en revendique pas. Il ne représente rien pour moi et n'est pas responsable de mon engagement. Bref, les preuves, Françoise Morvan n'en a pas, elle se contente de faire des liens entre 3 clampins collabo en 1940 et 3 autres clampins aussi bêtes qu'ignorants aujourd'hui qui encensent ces types. 

 

defile-du-front-national-le-1er-mai-2008.jpgRien en revanche sur la France et son drapeau. André Markowicz a raison sur un point cependant: quand nous voyons des nuées de drapeaux tricolores, ça nous [militants bretons] fait penser à l'extrême-droite (comme ci-contre). L'immense différence, c'est que si la culture bretonne n'était pas bafouée par l'Etat, les gens n'auraient pas besoin d'un drapeau pour s'identifier. Le drapeau, c'est une revanche. Personnellement, je n'ai pas besoin du Gwenn-ha-du pour me dire breton, je n'ai pas besoin d'un épouvantail pour faire front contre la bêtise, je n'ai pas besoin d'être anti-français pour me sentir breton... Tout ceci est ridicule. Quiconque construit son identité par rapport à une autre n'a pas de fondation solide. C'est parce qu'on est breton et que l'on se sent bien breton que l'on peut défendre cette identité. Ceux qui se disent anti-français sont ridicules. Car tout n'est pas bon dans le breton non plus!

 

Le mieux pour nous, c'est de laisser Françoise Morvan en paix. Et qu'elle nous laisse en paix en retour. Nous ne sommes pas une "menace". Nous sommes simplement breton. Et si elle voulait aller plus loin que le dogmatisme de son compagnon ("le drapeau français, c'est les droits de l'Homme", qui y croit encore?), Françoise Morvan se rendrait compte que, pour nous aussi, "la culture populaire, ce sont les chants recueillis par Luzel". Pour nous aussi, l'Opus Dei est une plaie. Pour nous aussi, l'extrême-droite sent mauvais. Pour nous aussi, le capitalisme est un système verrolé. Bref, je crois qu'on peut guérir de la paranoïa...

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commentaires

Anita 17/02/2016 15:30

Bonjour Gaël Briand, c'est au fil de recherches suite à une récente discussion à propos de F Morvan avec un ami que je tombe sur cette page qui date et votre article présentement. Je suis bien d'accord dans l'ensemble avec ce que vous dites ici. Sauf sur un point, c'est que je pense qu'il est illusoire de penser que F Morvan pourrait nous fiche la paix si certains militants la laissaient tranquille en échange. Même s'ils lui fichaient la paix, elle continuerait car son problème à la base ne vient pas directement de ces militants,eux ils alimentent juste sa névrose déclenchée à mon avis à partir de contradictions dans la vie adultes réveillant en même temps de plus anciennes contradictions de l'enfance et donc ces militants ne font que la nourrir car c'est devenu le ciment de sa vie, son obsession. D'autre part certains médias lui donne la parole, comment voulez vous dès lors qu'il n'y ait pas de protestations. Une névrose comme je la soupçonne chez elle n'altère pas forcément la personnalité de façon évidente, d'autre part il est courant par exemple dans un couple qu'un névrosé entraîne l'autre dans sa pathologie, c'est le cas aussi pour les personnalités paranoïaques(donc aussi peut être son mari) qui arrivent à faire douter leur entourage. La plus grande preuve se trouve tout le long de son bouquin, elle commet des amalgames et des raccourcis et déviations historiques que nul historien sérieux ne saurait faire ou oser. Bref, tout ceci est d'un classique au niveau de sa pathologie, elle est loin d'être la seule à vivre cela surtout de nos jours, mais ce qui est dommageable c'est qu'on lui donne la parole car encore une fois ce sont des personnes qui arrivent à tromper leur monde surtout quand celui ci n'est pas très avisé ou instruit (ou alors parce qu'ils peuvent s'en servir comme l'a fait Mélenchon en reprenant des propos de F Morvan), et donc forcément cela peut en blesser d'autres donc en l'occurrence ici les militants Bretons et les Bretons en général je dirais même (car par exemple je connais une personne d'un certain âge qui a lu son bouquin et qui est loin de nos "combats" mais qui en a été pourtant blessé et qui se demandait comment une édition pouvait publier de tels boniments quand il s'agit d'histoire!). Bref...laissons le soin à d'autres universitaires et historiens le soin de lui répondre tranquillement. Bonne continuation à vous, a galon.

web design 23/07/2014 13:35

The scientific study that is done in the article with the Françoise Morvan is very relevant in the present days. And that is why this is discussed years after. These articles was very much informative and at the same time very interesting.

Julien 09/12/2011 09:53


"Nous sommes simplement breton"


 


Je ne vois pas en quoi il est "breton" d'être autonomiste. Comme il est dit justement
plus haut à propos de Roblin qui représentait une bretagne, vous n'êtes pas "simplement breton" mais des bretons qui représentent une bretagne mais pas les bretons. Yannick Martin est un breton
aussi n'en déplaise à beaucoup de nationalistes bretons.

Chacalito 09/12/2011 11:39



Et ça veut dire quoi exactement? Yannick Martin, je l'ai défendu bec et ongles contre les connards d'Adsav cher Monsieur. Je me dis "breton", ça ne veut pas dire que je représente LA Bretagne.


 


Et si vous flippez d'un autonomiste, c'est que décidément, vous êtes très étriqué comme garçon. Bougez donc un peu et voyez à quel point la France est un archaïsme. Hormis la Chine et l'Algérie
(copie du modèle français)...



RodolphThirard 06/12/2011 17:24


Des propos limites, il y en a eu chez Per Denez, et le plus flagrant fut au cours du film BZH où  lorsqu'on lui demande ce qu'il pense des militants bretons pendant la guerre, il affirme :
quand on est est en train de se noyer, on ne regarde pas si la branche qu'on vous tend est saine ou pourrie... Citons aussi ses propos sur les collabos fusillés au Thabor qu'il qualifie de
"martyrs"... mais cependant, sans en faire un épouventail et sans tomber dans le "on l'a vu à l'enterrement de truc ou machin de la Bezenn qui était un fascho", Per Denez a toujours eu un rôle
ambigu dans sa politique au sein de l'Iinstitut Culturel ou de l'Université de Haute Bretagne. Il était incontestablement un fin politique et son poids dans le milieu nationaliste fut tout aussi
important que celui d'Hémon. Notons d'ailleurs que son but avoué a toujours été de continuer le travail de ce dernier, tant sur le plan littéraire avec  Hor Yezh ou Al Liamm que sur un plan
politique avec l'Institut Culturel qu'il a réussit à mener là où il voulait. Mais bon, paix à son âme. Pour moi le nationalisme breton est mort avec Quevert et j'espère voir renaître, ce n'est
pas encore fait, un Emsav plus ouvert et plus proche des préoccupations des bretons.

Chacalito 07/12/2011 13:00



J'espère aussi être davantage dans les combats quotidiens. ça montrerait que nous sommes "normaux", plus pestiférés. Mais je ne sais pas ce que nous devrions faire pour qu'on cesse de dire que
nous sommes fermés. Les militants du PS ou de l'UMP (les deux mastondontes) que je connais ne savent rien des militants d'ailleurs en Europe ou dans le monde. Moi si! Mon parti aussi.



Néanmoins, étant moi-même nationaliste (j'ai acquis la certitude que ce mot fait peur en France car il est connoté, en Europe, ce n'est pas la même chose), je ne partage pas votre opinion sur
Roparz Hémon et Per Denez dont le non-sens politique est évident au contraire.


 


C'est au contraire parce qu'ils sont des lobbyistes (et pas des politiques) qu'ils ont pu être flous ou permissifs sur certaines époques. Mais peut-on reprocher à Per Denez d'être un collabo
parce qu'il soutient Hémon? En somme, je suis un nazi puisque je reconnais la valeur de son travail? C'est un peu court.


 


Les cons n'ont malheureusement pas disparus et des attentats pourraient repartir vite si quelques crétins savent mener des plus crétins qu'eux. Ce serait ce qu'il y aurait de pire pour nos
combats. Je l'ai toujours dit et je continuerai à le dire.



Rodolphe Thirard 04/12/2011 20:12


Je ne pense pas avoir dit que les militants de l'UDB ou de breizhistence étaient d'extrême droite, ce serait mal venu de ma part que penser ça. De plus on ne va pas refaire l'histoire, elle est
ce qu'elle est et on ne sait pas ce qu'on aurait fait nous, dans un contexte si différent oupour x raisons, des hommes de gauche pouvaient se situer d'un seul coup à l'extrême droite et vice
versa, que ce soit en France ou en Bretagne... Ce qui m'enerve, c'est cette complaisance qu'on peut avoir uniquement pour les besoins de la cause bretonne. Roparz Hémon a certes donné un élan
phénoménal à la langue bretonne, c'est toutaussi incontestable qu'il est mauvais écrivain ! Mais reconnaissons une fois pour toute qu'il n'était pas cet homme apolitique et taciturne qu'on nous a
décrit d'une façon quasi hagiographique ! Vous parlez de Céline. On sait faire chez lui le tri entre l'écrivain génial et la médiocrité du bonhomme. Ceci dit, je suis d'accord avec vous, il faut
aller de l'avant. Mais pour ce faire, il serait bon de de mettre au clou ces reliques qui on trop longtemps gadé le lien avec la guerre. C'est autant vrai des Fouéré et autre  ancien
collabos que de Per Denez, gardien du temple nationaliste dont les déclaration et les actes ont souvent été à l'image de l'ambiguité de son maitre à penser, à savoir Hémon !


Quand au repli identidaire, il existe malheureusement dans l'Emsav et même chez des gens de gauche. Combien de militants bretons (souvent à Emgann) m'ont dit qu'ils ne lisaient pas la littérature
française parce que française, qu'il n'écoutaient pas de chanson française parce que française...Un refexe de crétins qui a failli me faire oublier que mon fils a acquit cette fameuse ouverture
d'esprit à Diwan !


Bon, maintenant, j'arette de vous tacquiner, je n'ai rien contre l'Emsav et encore moins contre la culture bretonne que jai vraiment défendue fut un temps. J'en ai seulement contre ceux qui n'ont
pas encore compris que la Bretagne de demain ne se fera pas dans les cadres idéologiques du nationalisme ,qu'il agisse a visage couvert ou découvert. Partout en Europe, les revendications
identaires donnent lieu à des replis (sauf au Pays Basque) et les grands espoirs des militants autonomistes de gauche cèdent la place au partis plus a droite dont les affiches gwenn ha du
refusent les mosquées en Bretagne ! Nag a druez !


Pour finir, les quatres jeunes cons dont je parlais sont les créateurs de Breiz Atao dont Mordrel et Debauvais. Breiz Atao, pâle carricature de l'Action Française.


A galon


Rodolphe Thirard


 


 


 


 


 

Chacalito 06/12/2011 15:57



Et ben voilà, on y vient. Je partage vos conclusions. Même si je suis moins catégoriques sur certaines personnes (Per Denez était certes nationaliste, mais pourquoi en faire un épouvantail. Je ne
crois pas qu'il est défendu des thèses extrêmistes).


 


Pour ma part, je ne me sens pas concerné par ce que vous dites. Je lis la littérature française, sud et nord américaine, je lis quelques romans africains... bref, je lis! Je me fous pas mal de
quel nationalité est l'auteur pourvu que ce soit bon. Que quelques urluberlus de l'Emsav se prive de lire de bonnes choses, c'est déplorable. Surtout pour eux.